samedi 24 août 2019

Les trois sentiers


Il faut rompre les amarres, lever l'ancre et partir au loin, vers le large. Les tergiversations ne sont plus d'actualité. Que veut-on vraiment ? Atteindre l'Absolu ou se résoudre à la mort lente et ignoble que nous propose cette époque laide, malsaine et sans honneur ? 


Pour se hisser et s'envoler vers la Vie, pour l'embrasser à pleines lèvres, pour l'étreindre sans ménagement, il n'est pas d'autre voie que la rupture totale et sans faiblesse avec nos contemporains. 

Tout ceux qui tremblent à cette alternative, et la cohue de plaideurs qui, d'un haussement d'épaules, tenteront de nous convaincre par des sermons à la pureté de fange de revenir à la raison d'une société qui n'en a plus aucune, toute cette masse hideuse n'est plus en mesure de nous arrêter.

Les mensonges des philosophes, qui promettaient plus qu'ils ne pouvaient tenir, nous ont éloigné de la connaissance véritable. 

En allant s'échouer dans les abîmes vengeresses de la nuit de l'esprit, ces apôtres du désespoir, morts comme ils ont vécu, ont eu le destin qu'ils méritaient. 

Ces imposteurs qui de la sagesse, se sont appropriés l'enseigne, et des sages, le mérite, ont égaré des générations d'aspirants. 

Et le modèle négatif de ces âmes sans lumière et de ces cœurs sans vie, doit éternellement nous servir de leçon. 

Pour ne pas oublier où mène l'orgueil. Pour reconnaître les traits rugueux de son visage. Pour identifier le son acrimonieux de sa clameur. Pour persécuter sans relâche l'ombre de ses spectres revenants.

La trahison des politiques qui, à leur tour, ont vendu leur âme au démon du pouvoir, ont conduit les peuples à leur perte, le ventre plein de fausses promesses et le regard hébété, pareils à des ovins qu'on engraissent, avant de les conduire à l'abattoir.

La lâcheté des théologiens n'est pas la moindre. Ceux qui ont négocié la pureté du message des Textes sacrés pour une bribe de notoriété, se laissant lentement glissés le long du sentier de l'âme qui susurre des vocations interdites, tournant le dos à leurs convictions pour se hisser, un bref instant, sur les épaules d'un Titan de fumée, ont provoqué, sous leurs funestes pas, une avalanche de désolation.

L'an I de l'ère de Qaroun n'était pas encore achevé que nos théologiens, philosophes et politiques s'empressaient de confier leurs destinées aux nouveaux maîtres des temps : les argentiers.

Lorsque le soleil décline et que les chauve-souris surgissent des brèches ouvertes par la Nuit ; lorsque des nations de moustiques aiguisent leurs aiguilles voraces avant de fondre sur le genre humain ; lorsque les charognards lèvent opportunément le camp en quête de dépouilles précoces, alors lèves-toi et saisit le feu. 


Tison, flambeau, bûcher, qu'importe ! Saisit-le et brûle les ailes ténébreuses des démons volants, aux orbites dévorées par Satan. Que ces émissaires enivrés de sang, avant-garde de la cécité libérée par Prométhée, soient défaits ! 

Repousse la progression du sable, et brise, à l'instar d'un roc de vérité primaire, les assauts des vagues de l'insignifiance déferlant sur l'esprit. 

Mets toi en marche, lèves tes armées, et part à la rencontre de ces bêtes difformes nées des échanges incestueux entre mère Laideur et fille Cruauté.

Et si tu es seul sur le chemin, et si tes alliés te faussent compagnie, alors dédouble-toi, multiplie-toi, et sois sans crainte, car pour faire fuir l'ennemi, il suffira d'un cri. 

Et comme ton frère, l'ouragan, dissipant sans effort la fumée des vaines ambitions, d'un seul coup de clairon, tu abattras ces légions.

Il faut rompre les amarres, lever l'ancre et partir au loin, vers le large.

Pour trouver l'espoir, s'abreuver à sa source, désespères de cette vie, d'un désespoir accompli. Déraciner les attaches, survoler le désert.

L'espoir est ailleurs, et son reflet n'indique pas sa présence, mais sa distance. 

Pour y parvenir, il faut avoir suivi, au préalable, les trois sentiers de la nécessité.


Sur le premier sentier, nous poursuivrons nécessairement l'illusion pour en découvrir la marque.


Sur le second sentier, nous comprendrons la nécessité de rompre radicalement avec les faux-semblants, ces marécages inconsistants, pour mieux nous élancer et plonger dans l'Océan de l'éternel instant.


Sur les pas du troisième sentier, nous consentirons à nous dévêtir de nos habits terrestres, prêts à nous mettre à nu et à nous avancer pour nous livrer, avec sérénité, aux pieds de l'Insondable Félicité.

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