mercredi 3 mars 2021

Un Homme digne !

Le fait de subir une injustice ne fait pas de toi un Homme juste, seulement un Homme éprouvé. La souffrance qui déchire ton âme n'est pas la marque d'un saint ou d'un martyr, seulement celle d'un Homme qui souffre. Ce que tu feras de ton injustice et de ta souffrance, voilà ce qui te vaudra mon respect. Cette chose et uniquement celle-là me permettra de témoigner de ta valeur et de m'entendre chuchoter silencieusement au cœur de l'alcôve impénétrable qui me tient lieu d'âme, ces mots : voilà un Homme digne !

dimanche 17 janvier 2021

La passion du rationaliste

La démarche rationaliste exclusive est une prise de possession de la vérité ou de ce qui est décrété comme telle. Elle est, plus que l'expression d'une volonté de puissance, celle d'une volonté de possession et d'appropriation de la connaissance, la détermination exclusive de ce qui est vrai, selon ses propres canons. Le rationaliste impose sa vérité, selon ses normes, et investi par ce pouvoir, il délimite son territoire, ce qui relève de sa propriété. Les racines des mots sont des testaments qui nous révèlent bien souvent leur nature cachée. Le latin rationem, qui a donné raison, a signifié très tôt le calcul, le compte. Autant dire que la rationalité exclusive est le contraire de l'intelligence qui relie fondamentalement les êtres et les choses (en latin, intel ligere indique cette idée, et la notion arabe de 'aql obéit à la même fonction). C'est cette passion de la possession qui est le mobile le plus prégnant du dogmatisme rationaliste des philosophes. Dans le fond, ce n'est pas la quête de la vérité qui anime le philosophe mais la passion de sa possession unique. Le rationaliste proclame qu'il est dans le vrai car la vérité est pour lui une conquête sur le monde, une détention du réel. Lorsqu'il déroule le tapis rouge de son orgueilleuse démonstration, ce corsaire du langage lève bien haut le drapeau noir de la possession et sillonne les mers pour en accroître la prise. En définitif, cet homme détient la vérité comme une prise de guerre, comme une mise en détention, comme une fatale réduction ad res. Et cette passion de la possession fait office, pour lui, de règle suprême, une règle qui abolit toutes les règles jusqu'à s'anéantir elle-même. Le rationaliste n'est pas dans le partage, dans l'édification commune ou l'émancipation ("La vérité vous rendra libre") mais dans l'appropriation et tous les moyens sont bons pour l'obtenir. 


lundi 28 décembre 2020

L'éducation

 


L'éducation est un processus de réciprocité qui engage ensemble plusieurs individus. Elle ne consiste pas à transmettre un savoir oral ou théorique de nature moral, par exemple, mais à le vivre soi-même pour celui qui prend la charge de cette éducation. Les élèves ou les enfants écoutent avant toute chose avec leurs cœurs le langage de l'être, ce langage sans fausse note. L'éducation est un processus de réciprocité au sens où par la patience qu'elle exige, elle met à l'épreuve l'éducateur tout autant que l'éduqué. Être confronté à ses échecs en tant qu'éducateur est une charge bien lourde à porter car au final qui éduquera l'éducateur, qui lui enseignera les moyens et les conditions inhérentes à sa charge si ce n'est l'existence elle-même, et derrière son voile, Celui que nous appelons l'Insondable Educateur de l'Homme ? A travers l'éducation que nous prodiguons, nous sommes éduqués et par cette leçon nous nous éduquons nous-mêmes. En islam, le terme de Rabb traduit par Seigneur signifie aussi Educateur, Enseigneur. Le Seigneur est Celui qui nous enseigne qui Il (pronom de neutralité non genré) est et qui nous sommes. L'éducation ne vise pas autre chose.

samedi 19 décembre 2020

Les dangers du théomorphisme


Le souvenir de nos fautes est la vision figurée de l'horreur de nos âmes, le souvenir que nous avons cédé, capitulé, et le sentiment que de cette reddition nous n'accomplirons jamais l'expiation. 

Mais par ce sentiment de damnation nous expions un forfait plus grand : l'illusion de nous avoir cru infaillibles, impeccables, divins. 

Nous sommes des humains et "le meilleur des humains auprès de Dieu est celui qui se repent". 

C'est en reconnaissant notre condition humaine que nous reconnaîtrons et témoignerons de la condition divine et par ce témoignage ferons retour à Lui. 

La fatalité n'est qu'une illusion qui détermine nos actes, l'effet douloureux de notre responsabilité qu'une arrogante ignorance aura détourné. 

Par le retour, et par le retour seulement, nous nous libérerons de toutes ces illusions. 

Mais de quel retour parlons-nous ? 

Il arrive en effet que le théomorphisme mal compris puisse à son tour nourrir les aspirations les plus sombres pour qui l'appréhende par l'âme et la raison, par un point de vue duel qui le conduirait à vouloir devenir Dieu et à se substituer à Lui, si ce n'est en effet, du moins dans ses aspirations cachées, ce qui constituerait là une déchéance suprême. 

Cet état peut advenir lorsque l'on prend connaissance de doctrines en les découvrant d'un simple point de vue extérieur, rationnel, c'est à dire par une instance instrumentale incapable d'en saisir le sens profond, la raison n'étant pas l'intérieur de l'être mais seulement l'une des modalités le reliant, jusqu'à un certain point de vue, au monde extérieur. 

Beaucoup ont été perdus par cette idée fausse que les doctrines ou enseignements religieux changeraient l'Homme et le monde du simple fait qu'on les évoqueraient, les invoqueraient, ou encore par l'exercice d'un effet extérieur qui leur serait propre. 

Les doctrines ne révèlent leurs effets durables qu'en les vivant sur le mode personnel, ce qui ne s'obtient que par un engagement du cœur qui est la voie de l'être par excellence. 

Elles sont les clés d'une transformation de l'être qui ne s'atteint qu'en franchissant l'enceinte sacré de la sincérité, et en s'y plaçant d'une position solide. 

De cette station s'opère le changement et du changement seul les effets subviendront. 

L'approche exclusivement extérieure, rationnelle ou mentale ne fait que nourrir l'hubris de l'Homme jusqu'en faire, selon l'expression coranique, un potentiel taghout (idole, tyran), cet état inférieur ultime qui caractérisait la position tyrannique de Pharaon qui se prit lui-même pour un Dieu sur Terre. 

Ceci explique en grande partie les raisons pour lesquelles ces enseignements sacrés furent au cours des siècles passés dissimulés et réservés à une élite anonyme et invisible, gardiens du temple céleste, une élite qui avait compris qu'elle se devait de protéger les Hommes de l'accès vers une Voie qui pouvait provoquer leur perte irrémédiable, faute d'y avoir été préparé. 

Si nous voulons échapper à cette déchéance suprême, que la destinée de Satan illustre parfaitement, il nous faut saisir en toute conscience notre condition humaine, notre faillibilité, et revenir humblement vers Dieu par un repentir sincère. 

Cette dernière étape est un préalable indispensable pour aborder et vivre in fine cette expérience de Vérité. 

Comment ? 

En investissant l'instance sacré du Cœur et par le recours à ce que nous appellerons une approche graduelle et initiatique de l'existence. 

La Vérité, dans sa modalité suprême, ne dévoile sa majesté, sa profondeur et sa grâce que dans et par le cœur, cette disposition du centre, ce temple de Dieu où la rencontre devient possible, où Dieu se manifeste à nous, où l'Homme revient à Lui, dans cette intégralité primordiale où l'humain s'abolit indéfiniment dans la Lumière de Dieu. 


samedi 28 novembre 2020

L'obstacle

 


Lorsque les Hommes sont confrontés à un obstacle qui leur barre le chemin et les empêche de poursuivre leur route, il arrive souvent que la solution ne soit plus horizontale mais verticale. Il arrive qu'il faille transcender l'obstacle par un acte d'amour, de paix, de générosité, un acte d'esprit qui nous élèvent bien haut au-dessus de l'obstacle, il arrive que l'obstacle ouvre une nouvelle voie plus large, plus vivante car l'obstacle est dans l'Homme.

dimanche 22 novembre 2020

Observez !

 

Voulez-vous savoir si un Homme a de l'éthique ? Observez de quelle manière il traite ses adversaires, vous serez fixés. Un Homme éduqué a de l'éthique divine en lui. Il ne méprise pas ses adversaires, pas même ses ennemis. Il ne sort jamais du cadre qu'il s'est fixé : la justice et rien d'autre. Il maintient ferme le cap du Droit tout en gardant une porte ouverte et l'espoir d'amener autrui à la raison. Maître de soi, il ne devient pas ce qu'il combat. Comment savoir si celui qui vous fait face est un Homme ou l'ombre d'un cadavre ? Observez s'il respecte ses engagements. Observez sa sincérité, observez ses paroles et plus que tout, observez ses silences. Vous le saurez.

dimanche 1 novembre 2020

Mort-vivant

 


Chaque rappel de la mort questionne notre fidélité à la vie, interroge nos actes de vie. Nous sommes-nous montrés dignes de ce présent sans équivalent ? Si nous sommes authentiquement attachés à la Source de vie et non à une banale existence animale faite d'oubli, nous n'avons rien à craindre de la mort car elle ne nous atteint pas. La mort commence son œuvre dans l'oubli du Vivant qui est le Cœur du monde. Cet état ténébreux où le souffle sacré s'éteint un peu plus à chaque nouvelle journée désigne aussi la catégorie de ceux que l'on nomme couramment, dans une certaine littérature, les morts-vivants.