mercredi 26 février 2020

L'essence de l'idolâtrie



L'essence de l'idolâtrie est la passion des grands Hommes. La vénération ou l'enthousiasme qu'ils suscitent est cette indemnité que les faibles leur versent en compensation de leur impuissance à saisir Dieu en lui-même et sans autre intermédiaire que Lui-même. La multiplication des médiations dans notre accès à Dieu témoigne de cette entreprise de confiscation du Divin et de ce transfert de la sainteté de Dieu vers ses créatures. Là où il y avait signe et manifestation, nous avons sanctuarisé, c'est à dire figer Ce qui par essence ne pouvait être réduit à quelque expression que ce soit. La sacralisation de la nature, la consécration des grands Hommes ou de certains idéaux sont les formes les plus courantes de cette idolâtrie. Elles expriment la déchéance de l'Homme incapable de se hisser à la hauteur de la glorification exclusive de l'Unique Être digne de vénération, Celui dont on ne peut mentionner le nom sans être pris d'un frissonnement que seule la Grandeur peut inspirer. Toute la mission des Messagers aura été de nous orienter vers ce théocentrisme radical que nous avons trop souvent hélas profané au profit (et au détriment) de figures religieuses dont la vénération a été hautement investie au point d'occulter Dieu lui-même, ce qui est paradoxal. D'une certaine manière, ce que nous donnons aux uns ne peut-être que retiré aux autres ou plus exactement à l'Autre et d'autant plus que ce retrait n'est plus perçu car voilé par la passion. Nous devons apprendre à éduquer nos émotions et à canaliser notre dévotion à Dieu seul en considérant notre proximité au Prophète comme une fonction équivalente à un véhicule éminent, une voie propice nous conduisant à Dieu. Certains Hommes ne parviennent pas à accéder à Dieu autrement que par ces multiples jalons médians et c'est leur drame de ne pas le voir. Aux Hommes illustres, nous ne devons que le respect et ce respect implique la considération de leur humanité, dans toutes ses limites, ces mêmes limites d'où naquirent la beauté de leurs actes. La réflexion teintée d'admiration qu'ils nous inspirent est le meilleur témoignage que nous puissions leur accorder. Idolâtrer les Hommes n'équivaut pas seulement à souiller leur mémoire ou trahir leur pensée mais revient plus largement à leur dénier toute forme d'humanité, à les déshumaniser, c'est à dire à les exclure de notre condition humaine. En toutes choses, l'excès est une inversion de l'Ordre.


jeudi 6 février 2020

L'alibi


De combien d'entreprises de pouvoir et de quête de suprématie la vérité n'aura-t-elle pas été l'alibi ? Ayant échoué à la cultiver en eux-mêmes, les Hommes en ont fait une arme, un vulgaire instrument à leur service. Détourner la vérité de sa finalité, qui n'est autre que de nous réunir à la Réalité suprême, pour des buts bassement humains et contingents, est bien pire que de mentir. "Le mensonge est un hommage que le vice rend à la vertu" disait La Rochefoucauld, signifiant par là que la laideur ne pouvait que se revêtir d'un masque pour apparaître publiquement. En trahissant la vérité par nos ambitions démesurées, que faisons-nous sinon attenter à son intégrité vitale en lui infligeant coup de poignard sur coup de poignard jusqu'à ce qu'il ne reste plus, face à nous, qu'un cadavre nous dévisageant du regard, et des passants traversés par un frisson d'inquiétude, s'interrogeant : "Qui était-ce ?"

dimanche 2 février 2020

Monstruosité


L'Homme a besoin d'une mission, d'un idéal à atteindre. Il s'égare tant qu'il ne l'a pas trouvé. Il devient un monstre le jour où il y a renoncé.

Être en règle


Nous sommes rétifs aux règles et pourtant seules les règles nous sauvent. De la lassitude, de l'excès, de la dispersion ou de l'oubli de soi. En nous rappelant à l'ordre, les règles nous rappellent à l'être.

vendredi 31 janvier 2020

L'envers du décor


La sainteté est la présence cachée dans le retrait apparent au monde, et c'est en ce sens qu'elle est à l'image de Dieu. Le sacré ne se dérobe qu'à l'Homme frappé par la profanation idolâtre de l’ego et dans cette dérobade même se signale encore à lui. Dans la souffrance erratique de nos contemporains qui, marchant à l'envers, vont jusqu'à fouler le ciel de leurs pieds, levant le front et élevant leur affront vers les abîmes inférieurs de la Terre, nous voyons encore le sacré se manifester à eux par la douleur de l'absence de ce qui ne peut être impunément remplacé.

Le destin de la lumière


Nous maintenir dans la grande paix, rien n'est plus difficile. Il n'est pas dans la nature de la lumière de rester concentrée en l'Homme. La lumière se propage et se répand hors d'elle même, ce qu'elle ne peut faire que dans le vide glacial et obscur de l'existence. Par la foudre de l'instant, elle se plait à transpercer les nuages cosmiques des galaxies lointaines, et des pesanteurs de l'âme nous affranchit. Immensités occultes de l'espace, confins des ténèbres de notre espèce, rien n'est jamais très éloigné de son rayon d'action. Éclair apaisé, fil d'or sur lequel est suspendu l'univers agité, la lumière nous fait voir ce qu'il y a à voir et nous donne à penser tout le reste.

Terra preta


Certaines pensées sont bien trop lourdes et douloureuses pour parvenir à s'extraire du labyrinthe obscur de nos cœurs, et bien plus éloignées encore d'espérer trouver la sortie en atteignant la cime de l'esprit. Terra preta, limon argenté, sol noir des plus fertiles... ce sont ces quelques pensées-là qui forgent toutes les autres.