jeudi 31 juillet 2014

Hommage à Marlon Brando

La colline joue aujourd'hui la carte nostalgie. Un hommage à celui que beaucoup ont considéré comme le plus grand acteur qui fut : Marlon Brando. Brando était plus qu'un acteur. C'était un homme. Sensible, engagé pour le sort des Indiens d'Amérique, aux mille facettes. D'Un tramway nommé désir au Parrain en passant par L'homme à la peau de serpent, La vengeance aux deux visages, Jules César et Sur les quais, voici quelques photos souvenirs.






 



























mardi 29 juillet 2014

Brises du soir




La vie est une succession d'attaches qui nous lient aux autres. Nous sommes attachés 
à la société, à nos proches. Attachés nous sommes à l’État et à ses diverses administrations du fait de nos obligations fiscales et légales. Nos subordonnés comme 
nos maîtres nous poursuivent et exigent satisfaction : ordre ou soumission, désordre ou reddition. Nos engagements nous lient et nous étouffent. Nos conjoints nous sommes de leur livrer notre moelle et nos héritiers nous réclame leur dû, comme un créancier sa dette. Les liens innombrables de nos misérables vies constituent la maille d'un filet existentiel de sauvetage qui nous enchaîne au monde. La liberté est l'illusion que 
les hommes doivent nécessairement acquérir s'ils veulent accepter leur condition. Nul n'a jamais arpenté librement la moindre prison, si ce n'est ses propres gardiens.




Qu'est-ce qu'un poète ? Un simple fou qui a su hisser sa douleur au rang des vérités éternelles.



















L'amour est la plus remarquable des vengeances qu'un être puisse exercer. Rien ne surpasse sa cruauté.

samedi 26 juillet 2014

Le retour

 




L'homme est en exil sur Terre. L'exil est sa condition : nulle part il ne se sentira chez lui définitivement, sans qu'il ne sache jamais réellement pourquoi toute forme d'attachement lui est interdit. Un long, un très long voyage, si loin de notre patrie céleste nous a éloigné de nous-même. Une plante semée dans les jardins de l'Eden a été déracinée par la folie du libre-arbitre, par l'innocence de la découverte, par l'indécence d'une tromperie. Éparpillée aux quatre coins du monde par une chute mémorable, la plante s'est laissée portée par le souffle divin de la Destinée. Les fleuves de l'adversité l'ont irrigué, les tornades de la guerre l'ont meurtrie, les prairies de l'insouciance l'ont reposé. C'est un lointain voyage qui nous a épuisé. Amnésiques, nous nous sommes fondus dans le décor, nous sommes devenus le voyage. Il n'y a plus de voyageur. En haut, une place vide attirent les regards. L'attente du disparu est sur tous les visages des hôtes divins. L'ultime retour aura bien lieu, plus tard. En temps voulu. Le temps qu'ils sachent qu'il est temps pour eux de rentrer chez eux. De faire retour, sans faire demi-tour. De poursuivre leur chemin jusqu'au point fatidique, par-delà fuites et escales. Ce terme inachevé où l'exilé prend conscience de toute l'ampleur de sa solitude. Il est temps de faire retour, se surprendra-t-il à penser. Et de panser toutes ses plaies, si vives, si lointaines. La Terre est ma mère, le Ciel est mon toit. La mort est mon frère, l'au-delà mon asile. Me voilà, je ne sais comment, face à l'Océan. Le frisson de l'Infini m'enveloppe dans ses bras. Je te le demande : qui es-tu vraiment ? Ce désert de vie que les peuples envient ? Ce cimetière des braves, au requiem trempé de ces femmes inconsolables ? Cette vallée d'espoir pour les marins pêcheurs ? Ou bien cette mare du soir pour les noirs pécheurs du matin ? Tu me scrutes, me dévisages du regard, froidement. Tu ne réponds pas. Peu importe ! Tu m'attends depuis si longtemps. Et je suis bien là. Pas d'amertume. Notre rencontre vaut bien tous les silences du monde car la musique assourdissante de nos vies ne résonnent qu'à leur terme.



Théodore Gudin. "Combat d'un vaisseau français et de deux galères barbaresques".

dimanche 20 juillet 2014

Lettre à un militant musulman de France






Cher Jamel El Hamri,

C'est avec joie et solennité que je t'adresse cette modeste lettre qui n'a d'autre objectif que celui de nourrir et je l'espère, d'enrichir un débat qui est si complexe que c'est presque malgré moi que je m'y engage. Je tâcherais d'être succint pour éviter des développements interminables et d'aller autant que possible à l'essentiel. Aussi pardonne moi d'avance si mon style te paraîtra lapidaire. Saches que ma volonté et mon cœur ne le sont pas.

Tu as publié un texte intitulé Vers une jonction des luttes contre le sionisme et l’islamophobie : Il est temps…, sur le site etatdexception.net. Le titre résume à lui seul le programme que tu proposes à ce que tu nommes la «communauté musulmane de France». Ton texte est un texte de militant politique qui défend une vision que nous pouvons définir comme étant de nature idéologique : l'objet étant la question des «luttes contre le sionisme et l'islamophobie». Tu n'y parles pas de stratégie politique et la plupart de tes positions sont directement dérivées de cette vision idéologique que je mentionnais en précisant qu'il s'agit d'une vision de l'islam que tu définis et rattache directement à des termes aussi divers que civilisation, valeurs, identité, communauté, Dieu, autonomie, justice, dignité humaine, référentiel, espérance, principes positifs, témoignage, féconder, spiritualité, éthique, unité, résistance, libération... selon tes propres termes.

La fièvre du romantisme militant

Je ne te cacherais pas que ce texte soulève, selon moi, de nombreux problèmes que je vais essayer d'exposer brièvement, pas seulement parce que je ne partages pas en partie ou en totalité tes analyses, mais d'abord et surtout parce que je crois que cette vision que tu nous offres, et que beaucoup d'entre nous connaissent déjà, semble être un passage obligé dans le parcours d'un esprit, et d'une conscience musulmane engagée. C'est donc aussi un peu à moi-même que je m'adresse, ce moi qui s'enivrait encore il y a une dizaine d'année de toute cette effervescence militante, de ce fameux lyrisme romantique qui nous a tous étreint à défaut de nous avoir embrassé, un lyrisme capable de toutes les folies et qui, au nom du combat contre l'injustice, se rêve à voir fusionner dans un seul élan révolutionnaire, une fougue unique, plus proche du cataclysme naturel que de l'action politique, l'ensemble des hommes et femmes de bonne volonté emportés par leur amour des opprimés et leur haine des oppresseurs où qu'ils soient sur cette Terre. Et bien sûr la Palestine. Et Jérusalem, cette cité éternelle, à nulle autre pareille.



De la globalité de l'islam

Mon cher Jamel, chaque mot que tu saisis dans ton verbe incandescent me semble si brûlant que je n'ose le toucher.

Je circonscrirais donc mon propos aux termes de communauté, d'unité, d'éthique, de spiritualité et de politique, termes que tu associes à cette vision islamique d'une oumma civilisationnelle.

Cette vision est identitaire, c'est à dire constitutive d'un Nous intérieur et extérieur, psychologique et politique, spirituel et incarné, éthique et pratique.

Les chercheurs associent généralement cette vision à ce qui serait la dimension spécifique de la religion islamique par rapport aux autres religions : sa non séparation des sphères sacrées et profanes, célestes et terrestres. Ils l'a nomment globalité de l'islam (shumuliyya-l-islam). Et ils ont raison de le faire car cela est juste. Mais c'est la compréhension de ce que recouvre cette expression sémantique qui soulève des difficultés majeures, notamment chez les militants. Beaucoup d'entre eux, leurs discours l'attestent, considèrent que l'islam est un système, une idéologie, celle de Dieu. Cette idéologie s'est constituée en réaction aux assauts de la modernité occidentale dès la fin du XIXe siècle et s'est affirmée progressivement au gré des combats que pouvaient se livrer, marxistes, fascistes, nationalistes et libéraux dans un XXe siècle qui fut prodigieusement... sanglant. Dans ce contexte, les musulmans se devaient de protéger leur religion, leurs valeurs, leurs croyances et leurs mœurs de ces intrusions qui les terrifiaient. De faire face et de prouver que l'islam était aussi un programme et une solution aux problèmes de l'humanité dans une compréhension exclusivement formelle, politico-juridique, de cette religion.

La lecture idéologique est dépassée

Je ne porterais pas de jugement sur la nécessité historique qui a accompagné l'émergence de cette vision idéologique. La complexité des faits et la diversité des hommes nous interdisent de postuler des assertions toutes faites, des déclarations de principes universels tout droit sortie de nos esprits enfiévrés, en proie à l'enthousiasme le plus délétère car rien n'est plus suspicieux qu'un cœur «enthousiaste», c'est à dire victime de son auto-satisfaction. Je pense néanmoins que cette lecture doit être aujourd'hui dépassée pour les citoyens de confession musulmane français que nous sommes. Pourquoi ? Tout d'abord, parce que globalité ne signifie pas système, holisme n'est point totalité figée et l'idéologie n'implique nullement une quelconque approche intégrale, n'en déplaise à ses thuriféraires. La globalité dont nous parlons est une vision large, mouvante, englobante et dynamique du réel. Elle est un horizon. Certainement pas le «nôtre» car l''horizon est toujours nécessairement inaccessible.



Leur morale et la nôtre !

A contrario, la posture idéologique est un conditionnement politique de l'esprit qui le pousse à systématiser ses jugements et à leur calquer une grille de lecture prédéfinie, dans son évaluation du réel. En ce sens, elle est éminemment dangereuse pour l'humanité, et ses effets sont encore là pour nous le rappeler. L'idéologie broie absolumment tout ce qui ne renvoie pas à sa propre évaluation des choses. Rien ne résiste à sa marche funéraire. L'exclusion, l'excommunication, l'ostracisme sont les tentacules à l'aide desquelles cette pieuvre s'empare et se débarasse de ses proies. Dans sa fureur purificatrice, elle détruit le monde à son image. La dimension systématique des idéologies modernes est une réminiscence des grandes philosophies allemandes, hégélienne notamment, puis marxiste-léniniste. Toutes ces idéologies sont hantées par l'obsession du contrôle et oeuvrent à proposer des systèmes idéologico-politique qui fassent office de substitution aux religions déclinantes du catholicisme et du luthérianisme européens. Dans un engagement idéologique, la possibilité d'une éthique est exclu. Le parti, le comité, ou je ne sais quelle autre structure pilotant la marche du peuple, en est le garant. Seule compte la victoire, la mobilisation contre l'ennemi et la seule manière de le vaincre est de souder les rangs ; ce qui signifie à l'évidence simplifier les choses, écarter la confusion, la complexité, désamorcer les débats et éviter par dessus tout le moindre questionnement éthique ce qui pourrait générer des doutes, des questionnements et des revirements de position.

Le plus grand péril pour l'islam

Dans un engagement idéologique, la politique devient l'espace virtuel d'une guerre où tous les moyens d'abattre l'ennemi sont bons. Aussi, je te le dis en toute sincérité, cette voie n'est pas celle qui permettra à ses soldats, ses contingents de fortune et ses réservistes de remporter quoi que ce soit sinon l'insigne privilège d'assister à davantage de déroute, de frustration, de rage, de ressentiment. La politique telle que tu l'envisages et telle que la comprennent les militants musulmans qui partagent ta vision idéologique est le cimetière des convictions spirituelles et morales de l'islam, c'est une certitude. C'est inévitable. Les leaders politiques qui se proclament musulmans et prétendent diriger les rênes de la oumma ont tous dû à un moment ou à un autre, se salir les mains. La politique est le plus grand péril que le monde musulman ait jamais connu. Qu'est-ce que le chiisme, sinon à la base un schisme politique de l'islam ? Les salafistes du Hizb-al nour en Egypte se sont alliés à un tyran pour abattre leurs concurrents politiques Frères musulmans. L'islamisme et la ligne pro-palestinienne ne suffise pas à faire d'un leader un homme respectable. Le Hezbollah libanais s'est allié au régime du terrible Assad, criminel et fossoyeur de cette belle Syrie. Où que tu poseras les yeux, cette vérité te les brûlera : la politique est le cimetière des convictions islamiques les plus élevées et les plus nobles.



La philosophie politique du Coran

La logique inhérente à la forme d'engagement de hard power que tu prescrits est un chemin pavé de bonnes intentions mais truffé de polémiques, discordes, divisions stériles mais encore une fantastique machine à sectionner les idéaux et les liens les plus intimes de la fraternité islamique. Pessimisme et individualisme sont les stations qui bordent le quai de cette locomotive démoniaque. Les musulmans se ruinent moralement avant d'avoir le pouvoir et se liquident spirituellement quant ce n'est pas physiquement lorsqu'ils l'obtiennent. Tu ne pourras rien n'y changer. Mais quoi ? Me saurais-je trompé dans cette évaluation négative de la politique ? Serais-je excessif, voire injuste dans mon jugement ? Et que nous dit la philosophie des textes musulmans sur le pouvoir ? Et bien je crois qu'elle nous dit la même chose et semble constamment nous mettre en garde : «Vous vous empressez à obtenir le commandement alors que ce sera une source de remords le jour de la résurrection», «Par Dieu, nous ne donnons pas ces postes à celui qui les brigue et qui insiste pour les obtenir», enseignait le Prophète (PBDSL). Le mensonge, la tromperie, l'hypocrisie, la faiblesse, l'amour des privilèges, la gloire sont les lauriers du pouvoir et malheur à celui qui les cueillera ! Aucun des califes de la tradition n'a accepté la charge du commandement et du pouvoir lorsqu'elle s'est présentée à eux, aucun. Omar l'a regretté au soir de sa vie. La politique est un mal, un mal nécessaire, mais un mal tout de même. Seules les personnes les plus disposées à l'exercer et les plus réticentes à la détenir peuvent assumer cette charge.

Le pouvoir, opium des hommes

Hélas, la masse des peuples s'enivrent et se prend à espérer pouvoir se saisir des appareils d'état, faire de la politique toujours au nom d'une intention noble en soi : rendre la justice et rétablir l'égalité des hommes. Mais qui a les moyens d'une telle ambition ? Qui est à la hauteur d'un tel défi ? Et que dire des conditions de fonctionnement de nos sociétés, qui possèdent leurs propres règles ? Peux-tu me jurer cher Jamel, que les musulmans dont tu parles sont au fait de ces règles, les connaissent, les maîtrisent et sont conscients de la manière de faire de la politique en France comme dans toute société de droit ? Jouerais-tu ton salut personnel là-dessus ? Moi non. Aussi, laisse moi te faire l'aveu qu'en ce qui me concerne les mots politique, éthique, spiritualité, unité, sont absolument contradictoires. Le premier, telle une cellule cancéreuse, se précipite sur les autres pour les dévorer sans plus de remord car telle est sa nature. Quelle que soit la piété et l'exemplarité de celui qui en aura la charge, celle-ci aura raison de lui, alors même que tu partageras sans doute avec moi cette idée que piété, intégrité, patience et sagesse sont des viatiques rares à notre époque.



Qu'est-ce que la oumma ?

Ceci étant dit, jetons un coup d'oeil à cette idée de communauté que tu évoques fréquemment. Observons-là d'un point de vue normatif puis politique, car ces deux niveaux de signification se retrouvent dans ton texte. La communauté musulmane est la traduction du terme de oumma, qui est un concept coranique réel. Je ne suis pas de ceux qui considèrent que la notion d'oumma est imaginaire et utopique. Je suis en revanche de ceux qui critiquent une fois encore le sens qu'elle revêt aux yeux des militants, de ceux que j'ai connu et de ceux que j'écoute et lis. Il me semble pour commencer qu'on peut se mettre d'accord pour affirmer le fait que l'ensemble des musulmans du monde entier ne forme pas un groupe homogène et uni sur certaines positions, valeurs ou pratiques, qu'on appelerait oumma. Le monde musulman est divisé et déchiré en plusieurs courants de pensée ou de pratiques qui au mieux s'ignorent, au pire se font la guerre. Cela interdit-il de penser le concept de oumma ? Je ne le crois pas, dès lors qu'on se met d'accord sur sa signification. En ce qui me concerne, la oumma n'est pas une notion quantitative ou politique. Le Coran qualifie quelque part le Prophète Ibrahim (sur lui la paix) de oumma, alors même qu'il est seul. Ce verset nous donne l'occasion de saisir la richesse sémantique de ce concept, un seul être pouvant se substituer à tout un groupe, le surpasser ou lui donner naissance.

Un cadre de valeurs, un espace intérieure de foi

La oumma est un cadre spirituel qui réunit dans l'espace illimité de l'esprit, hommes et femmes autour d'une croyance. Si la totalité des musulmans partagent tous la croyance que Dieu est unique, que Muhammad est son Envoyé, le Coran la parole de Dieu, les Anges et les Livres révélés une réalité, le Paradis et l'Enfer une vérité et le Jugement dernier une destination irrémédiable, alors il existe une oumma sous le rapport spirituel ou religieux du terme. La oumma est aussi un cadre éthique, un territoire normatif et axiologique qui régit des droits et des devoirs au sens moral et non juridico-politique de ces termes. Ce même cadre régit d'ailleurs aussi les rapports entre musulmans et non-musulmans, ce qui représente la première faille d'une compréhension exclusivement communautaire du terme de oumma. Le fait est que la vocation de l'islam est universel, que cette vocation se retrouve à tous les coins de la pensée islamique. De la même manière que les systèmes idéologiques sont une prison pour l'islam qui est par nature métapolitique, une conception identitaire et fermée de la oumma n'enfermera jamais le message coranique dans les recoins étroits de la raison humaine. Il reste à penser cette universalité du message coranique.



Renverser le Ciel et la Terre

Si nous sommes d'accord pour considérer que la oumma est un cadre, un espace éthico-spirituel, nous ne le sommes plus si tu donnes à ce terme une dimension politique. Beaucoup de mouvements et d'organisation font de l'islam une idéologie politique, comme je le rappelais. Il est même des organisations dont les bases idéologiques se retrouvent du côté du tiers-mondisme révolutionnaire et marxiste qui ont fait en France du terme de musulman une notion politique, à l'image des Indigènes de la République. Peux-t-on imaginer pire subversion ? Plus grave renversement de l'ordre divin ? La Terre devient le Ciel et le Ciel une pierre qu'on jette à la face de ses ennemis. Pour des hommes et des femmes de France et de religion musulmane, que peut signifier s'engager politiquement au nom de l'islam ? Je ne le sais pas car cette phrase ne me semble avoir aucun sens. Examinons-là. Est-ce militer pour un regroupement communautaire des musulmans qui plaideraient et agiraient dans le but de faire respecter leurs droits auprès de l'Etat ou des autres groupes sociaux ? Si l'islam est la base et l'identité de ce regroupement, alors nous sommes en face d'un projet sécessionniste qui fait de l'appartenance à l'islam un critère politique de discrimination positif ou négatif, et qui entreprend de changer les règles sociales et politiques françaises. Autrement dit, un groupe qui entre en conflit idéologique ouvert avec la France, son Etat, ses institutions et ses citoyens. Si telle est l'option proposée, la discussion prend fin car je rejette totalement cette option. On ne peut faire de politique sur la base d'une règle confessionnelle, d'un dogme ou d'une pratique religieuse.

A propos de l'universalité de l'islam

La politique est une affaire profane, terrestre, temporelle. On ne gouverne pas pour les «siens» mais pour tous. Il n'est donc pas possible de mobiliser politiquement des hommes et des femmes sur la base de slogans religieux pour prétendre ensuite que c'est une démarche universelle. Le croire est une erreur, le penser est malhonnête, l'accomplir est un sacrilège. Les musulmans n'ont pas été mandaté par Dieu pour s'emparer du pouvoir et dominer les hommes. Ils l'ont été pour se mettre à leur service et bâtir avec eux une société fondée sur des principes partagés. Si l'islam est la religion universelle des hommes, c'est qu'elle est une fantastique religion de liberté, de non partialité, dans laquelle le sectarisme, l'esprit de parti et l'orgueil n'ont pas leur place. Les principes de l'islam sont universels car ils sont l'émanation de la Volonté de Dieu. Là-encore, une solide réflexion menée sur notre possibilité de développer une approche et une compréhension universelle de l'islam nous font défaut, alors même que tout l'enjeu est là car c'est précisément sur ce terrain que se saisira la notion de shumuliyya-l-islam. Un terrain simultanément philosophique, éthique, religieux et spirituel.



Quelle politique et sous quelles conditions ?

La basse pratique de la politique faite au nom de l'islam a détourné et détournera plus d'hommes de cette noble religion que ne le feront jamais les plus grandes entreprises sataniques. Un citoyen peut s'engager individuellement au nom de convictions profondes et intimes qu'il n'est point besoin de connaître, des convictions religieuses ou philosophiques, qui lorsqu'elles sont vécues sincèrement, émanent naturellement des individus et sont plus éloquentes que les plus beaux discours prosélytes. La Constitution de Médine nous offre un exemple de ce que peut-être un travail inclusif et non systématique, c'est-à-dire idéologique de l'islam pensé comme message universel non pas théoriquement seulement mais pratiquement, ce qui est plus rare. A condition de le replacer dans son contexte et de ne pas recopier aveuglément ce modèle. Si traduire, c'est trahir, imiter c'est caricaturer, ce qui résume bien il me semble la situation générale des musulmans, un peu partout dans le monde.

Du danger de l’hyper-confessionnalisation
Il faut se réapproprier les choses, distinguer les espaces d'identifications et ne pas confondre cadre communautaire et cadre public. C'est pour cette raison qu'il faut également cesser l'un de nos travers les plus fréquents : l’hyper-confessionnalisation. Nous islamisons tout et n'importe quoi, jetant à la face de nos interlocuteurs une identité islamique dont nous ne sommes pas les meilleurs ambassadeurs, c'est un euphémisme de le reconnaître, et qui plus est, cette armure et ce bouclier islamique que nous arborons nous prive d'une partie importante de notre identité, qui est notre francité. Beaucoup d'entre nous refusent de reconnaître cette francité et cette appartenance culturelle et naturelle à la France. Trop dur à avouer pour certains qui ont investi le discours judiciaire et réclame en permanence des comptes au sujet de l'histoire coloniale de la France. Au point de rester sur le rebord de l'histoire et de regarder défiler les trains du présent. Sur la sphère publique, nous sommes des êtres humains, hommes, femmes, jeunes, plus âgé, travailleurs ou étudiants, Français ou étrangers, adeptes de hobbies divers (musique, lecture sport), croyants ou non croyants... Qu'on y réfléchisse à deux fois et on s'accordera à reconnaître que l'islamité des musulmans pour essentielle et fondatrice qu'elle soit du point de vue ontologique, n'élude en aucun cas les autres dimensions de l'être. 




Le pouvoir corrompt, la politique divise

Résumons notre réflexion. L'engagement politique est contradictoire à long terme avec les principes de l'éthique, la politique est un mal nécessaire collectivement mais il ne l'est pas individuellement, elle est facteur de divisions, de troubles et d'affrontements : de ce fait la politique ne doit pas être recherchée comme une activité prioritaire, bénéfique, mais comme une charge écrasante, qui s'impose plus qu'elle n'en impose. Elle est l'une des pires sources de maux ici-bas et plus encore dans l'au-delà. A ce titre, il est curieux mais révélateur de voir que tant de fidèles se passionnent pour la politique et se prennent à espérer voir émerger des leaders ou des organisations islamiques sur les scènes du pouvoir dans une espèce de scénario messianique où le Bien et le Juste triompheront du mal et de l'injustice. Combien ignorent encore que le pouvoir à la faculté alchimique de transmuter les volontés d'or en de vieilles plaques d'acier rouillé.

Par ailleurs, nous avons défini ce que nous pouvions entendre par «communauté musulmane» : un cadre commun, partagé, un espace intérieur et spirituel de croyances et de valeurs vécues et transmises par des hommes et des femmes. Non une organisation socio-politique ayant pour objectif de dominer ses prochains et de leur imposer une quelconque loi ou règle de vie.

Ces deux notions étant clarifiées, il reste la notion de civilisation que tu abordes. Sujet trop vaste pour s'étendre, mais disons qu'on peut la comprendre comme une extension de la oumma au niveau international impliquant l'idée d'une continuité historique, géographique, culturelle, économique, politique et religieuse. Je ne développerais pas ce point car tu ne le définis pas précisément. Je te ferais juste remarquer que tu écris toi-même : «Il est temps de comprendre que l'Islam est plus qu'une religion, il est également un référentiel, une civilisation, une espérance», puis plus loin «Notre identité musulmane vécue en Europe, fruit elle-même d'une jonction entre deux civilisations, donne du sens à notre présence en Europe : celui du témoignage.» Il y aurait donc d'un côté une entité qu'on appellerait la civilisation islamique, et de l'autre des synthèses civilisationnelles, sorte de métissages culturels et religieux, dont les musulmans d'Europe eux-mêmes seraient l'exemple ? Cela mérite éclaircissement.

Que faire ?

Ainsi, je te l'affirme très cher Jamel, la vision systématique de l'idéologie islamique, loin de contribuer à l'épanouissement spirituel et social de l'homme, ne fait que supprimer l'un au nom de la nécessité implacable de l'autre. Les sphères diverses de la praxis humaine se neutralisent les unes les autres dans un jeu où la victoire se substitue au Bien, la Force au Message et la masse, qui est en réalité un handicap, un facteur d'instabilité et de désordre, à l'union sincère et bien comprise des hommes de bonne volonté.

Alors, me diras-tu, que faire ? Et que nous est-il permis d'espérer, dirait Kant ?

J'y viens. Le temps d'une stratégie uniforme et inconditionnelle d'action politique fondée sur la masse, le public, le vote, la manifestation ou la contestation organisée autour de slogans ou de causes communes, n'est plus. L'heure est à la création de réseaux informels économiques, sociaux, intellectuels et religieux. Un néo-communautarisme d'ouverture, intelligent, mobile, fluide, dynamique et expérimenté, capable de se projeter sur le long terme, de mesurer ses actes, de disparaître du champs de la visibilité médiatique au moment où il investit par un dur labeur, exigent, discipliné, discret, solitaire mais non isolé, la société de ses prochains. Un mouvement éthico-philosophique qui se pense tel et se vit tel, structuré autour de valeurs simples mais indispensables : le travail, l'excellence, le savoir, l'éthique personnelle, la foi, l'amour, le pardon et la patience. Un mouvement et non une organisation, trop rigide, trop ferme, trop lourde et trop lente. Un mouvement pour que chacun y trouve sa place sans avoir à l'a payé autrement que par son investissement personnel sur des projets consensuels, unitaires. 




Travail, éducation, instruction : les vrais priorités

Un mouvement où l'engagement politique direct est collectivement écarté comme source de division et d'éclatement prévisible, même si l'engagement individuel demeure honorable dès lors où sa seule finalité est de partager des valeurs, par l'acte oratoire et la démarche comportementale, avec ses compatriotes. Le renoncement à la politique et à la soif de pouvoir est une exigence islamique. Les vrais enjeux sont ailleurs. L'éducation encore et toujours. Mais encore : quel jihad plus important pour notre société que la lutte contre le chômage et la pauvreté ? Peux-tu me citer une seule initiative néo-communautaire oeuvrant dans ce sens ? A la création d'emplois ? Au financement de formations ? De créations d'entreprises, via le financement de fonds par la zakat ou la taxe sur le halal ? Au partage de ressources professionnelles et à la mise en synergie des compétences ? La formation d'élites est indispensable. Encore faut-il avoir élaboré une vision globale de l'islam à la hauteur des challenges qui nous attendent. Education religieuse, instruction intellectuelle, autonomie financière : ce triptyque est à la base de la réforme qui nous attend.

 
L'offensive salafiste sur l'islam de France


Mais nous en sommes loin, et à vrai dire, les mouvements islamiques les plus dynamiques actuellement sont les mouvements salafistes 2.0. Des mouvements qui représentent une réelle menace du point de vue des objectifs traditionnellement assignés aux mouvements réformistes au sens large de ce terme. La ligne idéologique du salafisme est un défi que nous ne devons pas délaisser ou dédaigner : il nous faut l'affronter calmement mais intelligemment. Or, nous n'en sommes pas là. Les cadres religieux issus de la troisième génération non salafistes n'y voit pas de problème majeur, mettent les multiples désaccords sur le compte de la divergence naturelle en islam, et au nom de l'union, se taise sur les dégâts considérables provoqués par cette mouvance, quant ils ne s'associent pas ensemble sur des projets. Le terrain est libre pour le salafisme qui a gagné de nombreux fidèles à sa cause. Je n'en dirais pas plus, ce sujet méritant un article à part entière, et mettant bien trop allongé.

Nous en sommes à la conclusion de cette lettre, et tu pourrais me reprocher ceci : je n'ai pas répondu à la question faut-il conjuguer lutte contre l'islamophobie et sionisme. En fait, j'y ai répondu, à ma manière, sans doute pas comme tu l'aurais espérer. Ne m'en tiens pas rigueur.

En espérant cher Jamel que cette lettre te trouveras dans les meilleurs dispositions intellectuelles et spirituelles, je te prie d'agréer volontiers l'expression de ma considération, de ma sympathie et de ma fraternité la plus sincère.








Vers une jonction des luttes contre le sionisme et l'islamophobie : il est temps...





Cette semaine, La colline ouvre un débat politique et éthique de fond. Voici le texte d'un militant, enseignant et chercheur, publié initialement sur le site etatdexception.net. Il s'agit de Jamel El Hamri, chercheur à l’EPHE, membre de l’Académie Française de la Pensée Islamique (AFPI) et un des animateurs de la Campagne ALI (Abrogation des Lois Islamophobes). Son texte s'intitule Vers une jonction des luttes contre le sionisme et l'islamophobie : il est temps... 

Nous publions, dans la foulée, une lettre dans laquelle nous tentons de répondre à quelques-uns des éléments mis en avant dans ce texte, et ouvrons un champs de réflexion sur la manière de renouveler la question de l'engagement militant musulman en France. 


Il est temps…  Il est temps de consolider la jonction faite entre la lutte contre le sionisme et celle contre l'islamophobie. En effet, à l'heure où les Palestiniens sont bombardés par les forces armées sionistes, où médias et politiques français reprennent en cœur la propagande israélienne, et où la police protège les extrémistes sionistes de la LDJ, cette jonction devient une nécessité.



Depuis quelques mois, nous observons une nouvelle prise de conscience politique, communautaire et même civilisationnelle, un potentiel impressionnant de mobilisation et un affolement concomitant dans le camp sioniste. Des combats plus tranchés et tranchants qui vont de la demande d'abrogation des lois islamophobes au soutien total à « toute » la résistance palestinienne. Le sionisme a peur. Une double peur. Il a peur à la fois que la résistance palestinienne continue son combat, et que la communauté musulmane en France s'émancipe. Notre communauté prend conscience – enfin – que les promoteurs du sionisme sont également les promoteurs de l'islamophobie.





Il est temps… Il est temps de voir comment les leaders des partis extrémistes islamophobes en Europe font un « pèlerinage » politique dans les territoires occupés en Palestine pour absoudre leurs pêchés d’antisémitisme. Cette nouvelle virginité politique accordée a un prix : faire du musulman l'ennemi principal. Les thèses d' « Eurabia » et du choc des civilisations ont fait du musulman en Occident et dans le monde musulman l'ennemi absolu, le terroriste, la figure du mal.



Il est temps… Il est temps de faire le lien entre le silence des médias et des politiques sur le carnage perpétré en Palestine et le vacarme bruyamment islamophobe de cette même sphère médiatico-politique. De faire le lien entre les violences policières envers les musulmans et les protections policières dont bénéficient les sionistes. De faire le lien entre la clémence judiciaire envers les auteurs d’actes islamophobes et la vengeance judiciaire envers ceux coupables d’antisémitisme. De faire le lien entre les discriminations subies par les Palestiniens de 48 (ceux vivant en Israël) et les réfugiés palestiniens, et le sort des musulmans et des sans-papiers en France.



Il est temps… Il est temps d'analyser le triste cas Chalghoumi, idiot utile du soft-power à la sauce israélienne : domestiquer la communauté musulmane en France et la dépolitiser sur la question palestinienne. Que dire également des voyages organisés en Israël pour jeunes cadres musulmans en manque… de cartes de visites ? Encore une fois, nos ennemis font la jonction sans complexe.





Il est temps… Il est temps de nous émanciper des forces de gauche mais aussi de droite et de toute forme de paternalisme dans les luttes contre l'islamophobie et le sionisme. Il est temps également de leur faire comprendre qu’il en va de notre dignité première de militer sur ces combats en tant que musulmans, avec la vision du monde qui est la nôtre : une vision assumée, sincère, authentique, pour la justice, pour la dignité humaine. Il faut leur faire comprendre que pour nous, militer sans Dieu équivaut à voir le monde d'un seul œil, et militer sans autonomie équivaut à mettre dans le seul œil qu'il nous reste une « lentille idéologique » qui nous aveugle. Il est temps de redonner sens à notre existence.



Il est temps… Il est temps de joindre les deux causes. Cela nous permettra premièrement de déceler plus rapidement nos faux-amis, aussi bien l' « islamophobe pro-palestinien », que l' « islamophile sioniste ». Deuxièmement, de faire sortir ces deux luttes des « pièges idéologiques » que sont l'antiracisme et l'antisionisme traditionnels de gauche. Troisièmement, de dénoncer les « naïfs » parmi les musulmans qui accepteraient compromissions, subventions ou autres financements, qu'ils viennent de Soros, Attali ou du CRIF.



Pour cela, il est temps… Il est temps de comprendre que l'Islam est plus qu'une religion, il est également un référentiel, une civilisation, une espérance.



Il est temps… Il est temps d'assumer sans complexe le référentiel musulman comme base de notre engagement politique envers la communauté musulmane en France et le peuple palestinien. L'Islam en tant que croyance en un Dieu unique est un ensemble de valeurs et de principes positifs pour un quart de l'humanité. Notre identité musulmane vécue en Europe, fruit elle-même d'une jonction entre deux civilisations, donne du sens à notre présence en Europe : celui du témoignage. Témoigner au sens de féconder un espace et une histoire européens, une spiritualité « offerte » par l'immigration de nos parents et grands-parents venus, grâce à Dieu, irriguer un sol aride spirituellement.





Il est temps… Il est temps d'assumer également notre histoire actuelle comme le prolongement de l'histoire du Maghreb, de l'Afrique, de l'Asie, en somme de la civilisation islamique tout entière depuis quatorze siècles. Par notre engagement aujourd'hui, nous poursuivons le sillon de notre Prophète Bien-aimé Muhammad (pbsl), des Califes bien-guidés, de Tariq Ibn Zyad, de Salaheddine al-Ayyoubi, plus récemment, celui de l'Emir AbdelKader, de Jamal al-din al-Afghani, d'Abdelkrim al-Khattabi, Cheikh Ben Badis en passant par Malcolm X, Malek Bennabi, Jamila Bouhired, Cheikh Yassine ou encore Yasser Arafat, et tant d'autres que nous ne pouvons malheureusement pas tous citer. Ces personnes, qui se sont sacrifiées pour nous, sont nos héros, une source d'inspiration, une expérience de l'éthique musulmane, un modèle de la dignité face à l'hostilité, un modèle de résistance et de lutte contre l'injustice des hommes, des non musulmans haineux, des croisades, du colonialisme et du sionisme.



Il est temps… Il est temps de faire la jonction entre les luttes contre le sionisme et celle contre l'islamophobie, de considérer la musulmane voilée en France discriminée comme l'épouse du Palestinien de Naplouse, de considérer l'enfant de Gaza comme l'enfant de la maman en hijab en France ne pouvant pas accompagner son enfant en sortie scolaire, et de considérer les hommes musulmans discriminés parce que musulmans comme les petits-enfants de Izz al-din al-Qassam.



Il est temps… Il est temps de déclarer sans complexe que la lutte contre l'islamophobie nous mènera à bâtir une communauté musulmane forte en France. Que la lutte contre le sionisme nous mènera à bâtir une civilisation islamique forte par la volonté de Dieu, incha Allah. D'être convaincus que bâtir ici c'est bâtir là-bas, et que se battre pour là-bas, c'est aussi se battre pour ici.



Il est de temps… Il est temps de vivre, de se battre et de mourir pour l'unité des musulmans ici en France et dans le monde musulman. En réussissant à réaliser et à assumer cette jonction, nos enfants et nos petits-enfants honoreront nos tombes et se rappelleront avec fierté de ce tournant, incha Allah. Ils se rappelleront qu'au cours de cette vie moderne sans saveur, sans pudeur, des femmes et des hommes de valeur, auront fait preuve de hauteur. Ils se remémoreront la belle mobilisation d'un dimanche 13 juillet à Paris, au départ de Barbès, comme un tournant historique dans l'émancipation politique des musulmans en France.



Comme Salaheddine, il est temps de prouver que la libération des musulmans passera par la libération de Jérusalem en Palestine. Dieu nous offre, ici, le plus beau des combats, la plus grande des batailles, la plus belle des espérances…



Jamel El Hamri

Paris, le 17 juillet 2014, 19 Ramadan 1435.

Jamel El Hamri

mercredi 16 juillet 2014

Savoir c'est pouvoir

Le savoir est la clé du pouvoir. Pour agir sur une chose, il faut en connaître le fonctionnement. Pour mener à bien une action, il ne suffit pas que celle-ci soit juste. Elle doit être adaptée. En toutes choses, il faut avoir le sens de la mesure. Ignorer ces règles, c'est renouveler indéfiniment la spirale de l'échec et de l'humiliation. Le jour où les mots discernement, effort, organisation, patience et discrétion seront compris, ce jour là les effets se manifesteront sans causes apparentes. Le changement n'est réel que s'il est profond, et il n'est profond que lorsqu'il échappe aux regards. Il s'inscrit nécessairement dans la durée et la volonté, pas dans les voeux pieux, encore moins dans l'instantanéité. 

"Sois calme, et tu sauras. Sois à l'écoute des autres, et tu sauras véritablement. Sois à l'écoute de toi-même, et tu pourras".

jeudi 10 juillet 2014

Aux enfants de Palestine...



Comme à Gaza
Ce soir le ciel resplendit. Les étoiles étincelantes brillent dans l'obscurité. Comme à Gaza. Ce soir, les feux d'artifices déchirent la voûte lunaire, éblouissant les regards. Une petite fille s'est précipité vers son père et dans son élan a chuté, le genoux ensanglanté. Comme à Gaza. Les sourires, des applaudissements, quelques ruées dans les ruelles : la joie était bien présente, de l'écume transpire sur les fronts et de l'adrénaline plein la tête. Comme à Tel Aviv. Ce soir, la Révolution se réveille et danse sur les pavés nocturnes. Ses pas luisent comme des éclairs silencieux, comme des larmes d'enfants à Gaza... 
















Ne m'attends pas
Sous les cendres du crime odieux, les braises des peaux calcinées rougeoient dans l'éternité.

Les cadavres s'amoncellent, les cris d'horreur bercent la nuit agitée des enfants. 

La Terre réclame répit. 

Trop de poupées percées jonchent les petits corps de ces êtres sans vie. 

Notre rue est un cimetière.
 

Ces flocons gris qui peignent l'horizon, tu les prenais pour des nuages. La fumée des avions de combat me masque le ciel.
 

Tu ne verras plus le sourire des gamins qui cavalaient chaque matin derrière un pneu calciné. 

Une chaussure teinte en rouge me barre la route. 

Le dragon nous a aperçu. Inutile de courir, le sacrifice t'as choisi. 


On se retrouvera tous en bas. 

J'ai peur. 

Ne m'attends pas. J'entends la voix du sang.

dimanche 6 juillet 2014

Le séjour des bienheureux



Est-il juste de se satisfaire des compliments et de dénoncer les critiques ? A-t-on jamais réfuté le moindre compliment et béni ouvertement une seule critique ? Ou sommes-nous condamnés à baiser la main qui nous donne et mordre celle qui nous prend ? Que Dieu nous épargne d'avoir à le faire, quant une autre voie s'offre à nous. Délivrons-nous de nous-mêmes. Elevons-nous au Soi pour ne plus entendre ni compliment, ni critiques, dans la lointaine demeure où séjournent ceux qui contemplent le Beau, dans le calme et l'attitude de ceux qui ont su ce qui était et vu d'une vision véridique la vanité de ce monde.

 



samedi 5 juillet 2014

Le désaveu


Où sont passés les sages ? Les philosophes, les penseurs ? Où se cachent donc les poètes ? Je ne vois que politiques, calculateurs, polémistes et idéologues autour de moi ! Mon Dieu préserve moi de ces incendiaires qui ne rêvent que de victoires, de vengeance, de suprématie. Et par dessus-tout, épargne moi d'assister à leur triomphe car toujours la médiocrité l'a emporté sur le Vrai. Les caprices du troupeau nous ont coûté cher. Voilà que le Bien nous est interdit, que la paix est avortée. Où sont les hommes ? Je ne vois que des ombres muettes comme le soir. Je leur parle, leur tend la main. Blafardes, elles m'ignorent et semblent ne pas comprendre mes mots. Leurs corps se déforment, leurs visage grimacent. Bientôt l'obscurité fait place et dans sa faim dévorante nous avalent. A présent, nous voilà tous dans le ventre de l'anonymat. Nous aurions du fuir mais le courage nous manquait. Alors finalement, nous avons ce que nous méritons. Et quand viendra la délivrance finale, tu ne trouveras personne pour repousser son visage. 

vendredi 4 juillet 2014

L'appel du loup

 
As-tu déjà entendu les hurlements de la désespérance humaine ? Tant de ces cris sourds, de ces souffrances étouffées n'ont-il pas percé les sept cieux de la Miséricorde ? Le Trône a-t-il vacillé lorsque les pleurs intarissables de ces mères fauchées par la perte de leurs progénitures ont noyé mes semelles ? Je l'ignore. Mais si toi tu n'as pas saisi ces lointains échos qui ne cessent de hanter mon âme, ces voix déchirantes qui chaque soir réveillent nos disparus au point de leur arracher quelques larmes de compassion, alors pleure... car tu es déjà mort. Et si tu en es incapable, écoutes au moins la symphonie du loup quant il hurle dans le silence de la nuit. Écoutes le, car c'est toi qu'il appelle... 



La complainte de Rabia al Adawia



jeudi 3 juillet 2014

La fin du berger


Le mensonge est aussi intimement lié à la politique que le soufre nauséabond l'est aux volcans. Prenez l'histoire des hommes et vous en conclurez ceci : la quête du pouvoir, l'amour de la politique a dévasté tout ce qu'il y avait de plus élevé en eux. Quoi de plus étonnant que ces jeunes loups prêts à tout pour faire déferler leur meute sur la plaine et la nourrir des cadavres ruisselant, jonchant la vallée des principes. Dignité, mansuétude, pardon, justice : rien n'a échappé à leurs crocs. J'ai marché sur ces pauvres corps, j'ai senti leurs odeurs suintantes, j'ai pataugé dans le sang de ces déclarations de principes que toute une communauté jadis proclamait. Les brebis d'hier ont étudié à bonne école et se sont fait les griffes. En ces temps obscurs, plus moyen de les distinguer de la meute. Le berger, livré à lui-même, s'en est finalement allé. Je l'ai longtemps suivi du regard, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans les cimes lointaines du mont Solitude.