dimanche 28 juin 2020

La douleur


Le silence a valeur de culpabilité pour les Hommes quand il n'est pas lui-même l'expression de la douleur.

Proximité lointaine


Il est plus difficile de se rapprocher que de s'éloigner. Se rapprocher implique des efforts, nécessite un acte du cœur, une contorsion de l’ego, un mouvement fraternel. En revanche, rien n'est plus facile que de s'éloigner. Il suffit juste de tourner le dos.

Le désert croît


Souvent quand on cherche la paix, c'est la guerre que l'on trouve, c'est la guerre qui finit par vous trouver. C'est oublier que nous n'aurions jamais connu les béatitudes de cette oasis de fraîcheur sans les méchantes morsures que nous prodiguait cette étendue de désolation. Hélas, quand le désert croît, la paix disparaît.

Au-delà


Rien n'est plus difficile pour l'Homme que d'imaginer qu'il existe un autre monde que lui-même, que des Hommes pensent différemment de lui-même. Nos évidences et nos certitudes sont autant de miroirs nous reflétant notre propre image et nous masquant celle des autres. Combien de pierres devront fêler ce miroir pour que nous finissions par comprendre et voir qu'il existe autant de mondes que d'Hommes, que l'unité de notre reflet masque leur pluralité et que cette même pluralité dissimule elle-même une unité supérieure ?

dimanche 7 juin 2020

Le conflit des universaux



L'humanisme exclusif prétend à l'universel lors même qu'il n'en atteint pas le principe mais en constitue l'inversion, du moins si l'on considère que l'humain n'est pas à lui même son propre principe dès lors qu'il est à la fois l'effet et la manifestation de Ce qui le dépasse, de Ce qui le précède, de Ce qui lui fait face. Ce retour à une transcendance est lui-même présent dans la démarche propre à l'humanisme qui prétend transcender le particulier vers l'universel, mais un universel paradoxalement indéfini, indéterminé et sans réel contenu. L'universel humaniste souvent décrié comme un particularisme théoriquement extrapolé (sous sa forme religieuse – chrétienne : ethnique – européenne ; ou sociale - bourgeoise) ne se réduit le plus souvent qu'à une pure réalité factuelle – autrement dit le constat que les Hommes forment un genre particulier qui les distinguent des plantes ou des animaux – une réalité factuelle dont l'universel humaniste tire sa substantifique moelle et qui ne fonde rien d'autre pour lui que le droit de persévérer dans cette même réalité, de la reconduire perpétuellement et ce droit est ce que l'humanisme nomme liberté. A partir de ce postulat limité, l'humanisme comme variante d'une pensée matérialiste et exclusivement immanente ne peut plus revendiquer les moyens philosophiques de sa politique, se révélant incapable de fonder une quelconque conception de la liberté car si tout est in fine déterminé par des lois sociales, matérielles, biologiques, lois impersonnelles, impassibles et impartiales toujours déjà là, et si l'Homme n'est lui-même qu'une espèce d'animal amélioré jeté au monde par les caprices d'un hasard créateur, organisateur et législateur drapé des attributs du Divin, où l'Homme puisera-t-il cette fameuse liberté qui implique distance avec le monde, qui nous enjoints solennellement de le transcender en conscience et dans notre pensée, et en un sens de lui imposer notre propre discontinuité ? 

Toute la question est là et une partie de la réponse se trouve certainement à la fois dans la conception que l'Homme peut se faire de la nature du Réel et de la nature de la pensée ou de l'esprit. Il est certain que la pensée est bien loin de se réduire à la seule activité logique, formelle, calculatrice ou analytique que l'on attribue traditionnellement à la raison. La conscience, l'intuition intellective, l'imagination et la projection hors des limites sont autant de possibilités offertes à l'esprit humain d'inventer, de créer, de transformer. Ces manifestations dynamiques de l'esprit sont bien de nature à nous libérer de la continuité circulaire et homogène d'un monde clos sur lui-même et fermé à tout Infini, vision caractéristique de la production de ce que nous désignons sous le vocable de « raison mutilée », cette raison cloisonnée sur elle-même et déconnectée des mondes. La pensée chez l'Homme transcende la matière en lui étant simultanément agrégée et c'est là tout le mystère de la nature humaine, ce qui définit son scandale et lui offre, autre paradoxe, l'opportunité d'un salut. 


Nous avons là le point de départ d'une conception humaniste ancrée dans l'Origine et ouverte vers l'Infini, le point de passage entre deux universaux terrestre et céleste, inductif ou inférentiel et déductif, immanent et transcendant. Une conception qui pense que l'on atteint l'universel en approfondissant sa propre tradition, nourri de ses propres racines elles-mêmes alimentées et abreuvées de la terre commune. De cette sève matricielle nous puisons la force et l'énergie de notre développement au point de voir notre tronc se raffermir, nos branches s'élever vers les cieux, notre feuillage s'épaissir et nos fruits s'établir. L'Homme est ce signe reliant Terre et Ciel et dans ce signe se manifeste l'Un, Premier et Dernier, Apparent et Invisible. C'est, à peu de chose près et en quelques mots, les prémices de ce que nous pourrions nommer l'« humanisme religieux ».

samedi 30 mai 2020

Connaître ses limites


Celui qui connait ses limites saura les repousser avec le temps et l'expérience. Celui qui les ignore finira par les découvrir de la plus douloureuse des manières, en les heurtant de plein fouet. La limite a beaucoup de choses à nous enseigner, le respect des autres, le respect de soi, la vie en société... Etre soi-même sa propre limite, c'est élargir le chemin des autres, par la grâce de notre volonté, cette force tranquille. Ceux qui s'aventureraient à franchir vos limites découvriront bientôt cette force, cette limite, leur limite. Le respect se gagne, le respect s'enseigne, le respect s'incarne. Sans limite, point de liberté, sans limite, point de désir, point de plaisir ou de joie. La beauté elle-même exige la forme, sans quoi rien ne peut la distinguer. En toute chose, la limite fait apparaître et connaître, voir et contempler, y compris chez Dieu. Certes, il est bien entendu qu'aucune forme ne peut contenir Sa Beauté, ni aucune limite restreindre Son Pouvoir. La création et ses limites inhérentes ne doivent pas être conçues comme une restriction de Son Pouvoir mais comme le dévoilement à l'Homme de la grandeur suprême du Créateur, Sa Manifestation inédite par le truchement de Son Oeuvre mystérieuse. Ceci est ce qu'il est convenu d'appeler la connaissance extérieure de Dieu par la connaissance de Son Oeuvre. Quant à la connaissance intérieure ou essentielle de Dieu, elle relève de l'entre-connaissance amoureuse ou résorption par l'esprit, et ceci est autre chose. 

dimanche 10 mai 2020

Le théorème de l'amour

Le souvenir de la faute passée est un châtiment bien plus implacable pour l'Homme de conscience que la sanction réelle que pourrait lui infliger les autorités pénales ou religieuses de son temps. Cette sanction, par sa dureté, a aussi la vertu de racheter l'Homme de sa faute en lui offrant la possibilité de réparer le mal fait, et plus important encore, en lui ouvrant une voie vers le pardon de soi. Il est douloureux pour un esprit droit de se pardonner à lui-même ses torts lorsque l'oubli n'a pas accompli son office. Ce serait accepter d'être autre chose que lui-même, d'être autre chose que l'idée qu'il se fait de lui-même et cette idée est tout pour l'Homme. Le souvenir de la faute accomplie ne csse de hanter son âme jusqu'à ce que la Mort lui en dévoile la nature exacte. La nostalgie de l'être perdu le poursuit comme une cicatrice qui ne s'efface plus, piqûre de rappel d'un passé enraciné dans nos chairs. C'est ainsi qu'est démontré par la plus rigoureuse des argumentations la supériorité de l'amour sur la justice. L'amour expansif dont la miséricorde est une manifestation transfigure l'âme des Hommes et leur offre le véritable rachat par le renouvellement de l'être. La justice corrige et par ce redressement ne nous offre au mieux que le retour à un ordre équitable avec nos contemporains, ce qui est en soi un compromis raisonnable et acceptable. Mais l'amour expansif est différent, pense autrement. Il nous transforme et nous déplace en nous élevant là où nous n'étions pas. Grand alchimiste, il sait lever la malédiction de la faute par la grâce de la conversion divine. L'amour expansif signifie bien autre chose que l'éphémère incendie de la passion amoureuse. Il nous émancipe et nous déleste du poids de la culpabilité en nous offrant un horizon plus large et une perspective de vie apte à nous libérer de la douleur. Mais c'est aussi la plus exigeante des voies et bien peu de voyageurs se sont risqués à l'emprunter. « C'est là une chose à laquelle n'atteignent que ceux qui exercent la patience, ceux qui ont reçu une faveur insigne. » Coran. 41.35