dimanche 10 septembre 2017
Le critère de la vie
Pour être un accomplissement, la vie se doit d'être vécue pleinement. Le critère d'une vie vécue est le choix consenti. Ce que nous avons librement consenti, même dans la douleur, est un investissement vital qui nous sera pleinement restitué. Ceci est encore vrai dans le sacrifice, cette forme ultime de la négation de soi qui n'est autre qu'affirmation de soi dans l'autre, don unilatéral et sans contrepartie, holocauste amoureux offert sur l'autel du Vivant. En aucun cas, la vie ne peut être ce flux indistinct et anarchique de désirs incertains, de gestes superflus ou de conventions subies par nos lâches conformismes. Elle doit être voulue et acceptée pour être vécue. Vouloir ne nous rend pas libres mais nous rend vivants.
jeudi 7 septembre 2017
Fouad Bahri : "Ecrire, c'est se déposséder de soi-même"
La Colline vous présente un court entretien réalisé avec Asma Abdelouhab au Bourget (RAMF) à l'occasion de la sortie du livre "Le goût de l'inachevé", avec son auteur, Fouad Bahri.
dimanche 3 septembre 2017
Les conditions occultées de la justice et de la vérité
Nous
nous leurrons sur la nature de ce que doivent être les conditions
propres à nous rendre capable d'être fidèle à la vérité, d'une
part, et à la justice, d'autre part. Ces deux principes, sources de
l'équilibre et de l'harmonie dans ce bas-monde comme dans toutes les
sortes de mondes existant, exigent de l'homme autant qu'ils lui
apportent : de la force, de la pureté, c'est à dire bien plus
que de l'intransigeance, de l'implacabilité, une domination aboutie
sur soi avant même qu'elle ne puisse s'accomplir sur les autres, et
beaucoup de patience pour différer le temps de la cristallisation
prédicative pour ce qui est du rétablissement d'une vérité. La
justice est un principe de correction, l'analespie d'un ordre bafoué
ou menacé par une manifestation malfaisante de perversité, de
tyrannie, d'arrogance, de mépris ou de cruauté, de privilège ou
d'égoïsme. Dans tous ces cas de figures, seule la force impulsive
et innée de l'implacabilité peut permettre à l'homme de
s'interposer et de corriger la malfaisance du pervers pour rétablir
l'équilibre paisible préexistant et tous les moyens doivent être
employés à cette fin. La logique de la justice est une logique
éprouvante, difficile, coûteuse, bien plus encore lorsque la
société a fait le choix de l'enterrer vive et de l'ensevelir pour
ne plus avoir à la nourrir et l'entretenir. Elle nécessite de la
rudesse, de la froideur passionnée, de l'insolence mise au service
d'une cause noble, de la violence finalisée. Elle n'est pas le
propre des incapables, des esprits veules, des âmes tièdes et lâches corrompues par
l'hyper-individualisme dicté par l'hédonisme marchand. Elle est
l'expression brutale de la Vie, le cri primaire de l'Ordre établi
contre la prédation du Chaos. Toute comme la vérité, elle exige
beaucoup de ses agents, un investissement complet pour faire pencher de tout son poids la balance, car c'est à ce prix qu'elle sanctifie toutes
les formes de sa manifestation, toutes les voies par lesquelles elle
a su se frayer un chemin et se hisser jusqu'au devant de la scène
mondaine.
La solitude, la souffrance, la haine d'autrui,
l'indifférence sont les jalons qui balisent la route farouche et
esseulée des véridiques. Toute attache est un lien qui nous unit à
la déviance et nous rend complice de ses travers. Faire
l'apprentissage de l'amertume que nous dispense le commerce des
hommes est une lente préparation au retour mystique et barbare de la
Justice du Verbe incarné par l'homme véridique, de la Vérité du
Droit au rétablissement de la Vie car nous avons dans la pratique de
la Justice comme dans l'amour de la Vérité des moyens de préserver
et de rétablir la Vie. « La
loi du talion constitue
pour vous une
garantie de vie,
ô gens doués d'intelligence » (Coran 2, 179).
samedi 2 septembre 2017
L'indifférence est la pire des violences
«Le
désir est la moitié de la vie. L'indifférence est la moitié de la
mort.» Khalil Gibran
L'indifférence est
la pire des violences. L'humiliation d'autrui, sa détestation
profonde, sa haine la plus rance et sa persécution la plus tenace ne
sont rien face à cette odieuse vermine éloignée dans les hauteurs
insolentes de l'orgueil mondain. Dans le phénomène de la violence
se joue toujours une rencontre, celle de deux destins, deux esprits
qui dans l'intensité de leur confrontation prennent conscience de
l'autre, le reconnaisse et le respecte ne serait-ce qu'en traitant
ses attitudes, ses discours et ses agissements avec la plus grande
des solennités, ceux-là mêmes qui ont justifié la confrontation.
Mais l'indifférence, cette chose si peu naturelle, si répugnante de
mépris, n'a pas pour elle la moindre justification. En refusant les
deux options les plus évidentes (la confrontation verbale ou
physique ; l'éloignement), cette reine des vanités annihile purement et simplement toute vie morale, toute dignité, toute
considération du sujet. Il suffit pour s'en convaincre d'observer
comment deux acteurs se mimant mutuellement le jeu social de
l'indifférence dans un petit cercle finissent par attirer rapidement
l'attention et l'interrogation des convives. L'exclusion d'autrui,
par son ignorance radicale, est une forme de négation de la vie, de
meurtre symbolique tout à fait caractéristique de notre époque
malade de sa veulerie, de son mépris et de son orgueil. Toujours et
sans cesse, il nous faut affronter le réel et savoir le regarder
droit dans les yeux, sans même détourner le regard. C'est à cette
condition qu'une liberté peut être mise à l'épreuve et par
l'épreuve s'incarner dans le monde.
L’islam contemporain face au double défi du wahhabisme et du libéral-réformisme
Entre les adeptes d’un islam rigoriste et décontextualisé et les partisans d’une dilution religieuse de l’islam dans la sécularisation, les musulmans d’Occident et plus particulièrement ceux de France se retrouvent souvent pris en tenaille et contraints à un grand écart douloureux. Ecrivain et auteur du « Goût de l’inachevé », Fouad Bahri dresse, dans un article d’analyse exclusif, les contours idéologiques parfois flous et les enjeux recouverts par ces deux formes antagonistes de l’Islam contemporain, avec un éclairage particulier accordé au libéral-réformisme, moins connu.
L’islam contemporain est aujourd’hui confronté à deux types d’extrémismes d’origine, de nature et de forme antagonistes, qui ne cessent de se nourrir en miroir, alimentant dans leurs développements néfastes toute une myriade de nouveaux conflits et de divisions au sein des communautés musulmanes occidentales. L’extrémisme puritain de type wahhabite est le plus connu de ces deux extrémismes, celui qu’on identifie le plus aisément tant sa doctrine et ses pratiques sociales s’illustrent par leur violence, leur rupture, leur hégémonisme destructeur.
Les dégâts durables de l’extrémisme wahhabite
Cette doctrine qui a essaimé dans le monde entier grâce aux mannes financières des pays du Golfe qui en ont fait leur outil de politique étrangère a créé toute sorte de conflits et généré une vague de violence dont on commence seulement à percevoir les effets. Même si la violence de sa forme et de son hétérogénéité ne lui a pas permis de trouver un terreau fécond à même de lui permettre de se développer durablement sur toutes les terres où il s’est greffé, la dialectique naturelle de sa violence ayant fini par se retourner contre ses promoteurs (« Tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée », Évangile de Matthieu), les dégâts résultant de sa doctrine et de sa praxis demeurent considérables.
Ce type d’extrémisme, qui n’est pas nouveau dans l’histoire, s’est également illustré par son sectarisme intégral qui a excommunié ou diabolisé à peu près tous les autres courants de l’islam (soufisme, chiisme, ikhwanisme, etc) et s’est distingué formellement des autres courants de l’islam par son intensité et sa violence primaire, même s’il est important de souligner qu’il ne possède pas le monopole du sectarisme que l’on retrouve sous des formes diluées ou des degrés plus ou moins variés chez d’autres courants de l’islam contemporain. Cette forme prédominante de l’extrémisme étant clairement identifiée et déjà abondamment traitée dans de nombreux ouvrages, articles de presses, vidéos et émissions télévisuelles ou radiophoniques, il n’est donc pas utile de la développer davantage.
Convertir l’islam au dogme moderniste
La diffusion de cet extrémisme puritain a généré en retour celui d’une autre forme d’extrémisme bien différent et opposé du premier, tant dans ses formes que dans ses effets, l’extrémisme libéral qui a revêtu les vêtements du libéral-réformisme contemporain. Le libéral-réformisme musulman est un mouvement davantage qu’un courant, qui se distingue des précédents réformismes par la nature de son entreprise. Là où les primo-réformistes (Afghani, Abduh) voulaient réformer le monde musulman sous l’impulsion et l’exemple de la réussite matérielle et social d’un Occident colonial en pleine possession de ses moyens et par le biais d’une relecture actualisée de l’islam, là où leurs successeurs voulurent « islamiser » la modernité, ceux-là souhaitent aller plus loin et entendent convertir massivement l’islam au paradigme moderniste, un modernisme à l’agonie et en plein déclin. Purs produits social, intellectuel, culturel des sociétés occidentales, ses promoteurs, conquis par l’enthousiasme passé du progressisme mythifié, instauré par la modernité, entrevoient un aggiornamento complet, global et radical de l’islam. La première rupture opérée par ce courant, qui n’est rien moins qu’un nouvel avatar de la modernité en contexte idéologique islamique, est le passage d’un théocentrisme radical ou général, perspective caractéristique de l’islam, à un anthropocentrisme philosophique doublé d’un humanisme individualiste. Les tenants du libéral-réformisme n’inventent rien mais ambitionnent d’accomplir dans le contexte musulman ce que d’autres ont réussi dans le contexte chrétien, spécifiquement catholique : la sécularisation de l’islam, autrement dit le passage progressif du cultuel au culturel qui porte en germe la sortie de la religion.
La curieuse synthèse entre Abduh et Arkoun
Représentants des classes moyennes ou supérieures, celles des centres urbains, diplômés, convertis au dogme de l’individualisme, au mantra de la déconstruction, adeptes des « sciences » humaines dont ils ne soulignent pas la non-neutralité ou ne semblent pas identifier l’orientation idéologique, ces partisans du libéral-réformisme se projettent dans un humanisme abstrait où l’islam, délesté de sa morale, de sa théologie, de sa Weltanschuung religieuse, ne subsisterait plus que sous la forme minimaliste d’une spiritualité ou croyance individuelle déconnectée de toute prétention universelle ou globale, voire d’un déisme interchangeable avec d’autres formes de déismes (philosophique ou post-chrétien). Prêts à tous les accommodements possibles susceptibles de leur offrir l’espoir d’une harmonisation sociale et surtout psychologique avec leurs compatriotes non-musulmans, dans un contexte de rejet et d’hostilité de la puissance publique et étatique à l’encontre de l’islam marqué par un anticléricalisme hérité de la Révolution, doublé d’un néo-colonialisme persistant et d’une paranoïa alimentée par les attentats, les tenants de ce mouvement ont procédé à la synthèse des thèses portées par l’agnosticisme séculier des nouveaux penseurs de l’islam et autres arkouniens dont ils sont les héritiers directs, avec l’ambition qui fut celle des islahistes et réformistes, notamment autour de la figure de Mohamed Abduh, mais une ambition reformulée et quasiment détournée. C’est ce qui distingue radicalement l’entreprise libérale-réformiste de ses devancières : sa prétention à passer l’islam sous le spectre idéologique de l’historicisme radical (arkounisme), de la sociologie politique (féminisme musulman) et de l’herméneutique (néo-réformisme), à le convertir au dogme moderniste, à ses piliers et à son projet d’émancipation de l’Homme de la tutelle des dogmes, des croyances, des institutions et des figures d’autorités religieuses pour lui offrir l’illusion d’un accomplissement individuel sous le sceau de la liberté et de la célébration œcuménique d’un humanisme obtenu au prix d’une révolte métaphysique contre Dieu.
Les trois illusions du libéral-réformisme
L’individu n’existe pas : tout Homme est à sa naissance l’héritier d’une histoire, le porteur d’un legs familial, l’addition de ce qui le précède et auquel lui-même apportera sa contribution positive ou négative. La mystique de la liberté est également un leurre : seul existe le libre-arbitre (jugement) et les conditions juridiques, politiques et économiques qui les déterminent, limitent autant qu’elles les garantissent, l’usage des libertés civiles. L’humanisme et l’apologie de l’Homme sont tout aussi illusoire. Vestige du christianisme paulinien, de la divinisation du Christ et de l’amour de l’Homme divin ou fils de Dieu, allégé au terme d’une sécularisation chrétienne de sa référence religieuse, l’humanisme, expression majeure de l’homme prométhéen, traduit le désarroi métaphysique et moral de l’homme moderne qui a tourné le dos à Dieu sans savoir vers qui ou quoi se tourner. L’humanisme du libéral-réformisme, qui se distingue nettement d’un humanisme religieux, traduit très bien cette rupture entre théocentrisme islamique et anthropocentrisme moderniste, et ce transfert de sacralité de l’un vers l’autre.
Privé de principe, de fondement, l’humanisme contemporain s’est pourtant rapidement dilué dans l’indifférence d’un hyper-individualisme de marché axé autour de la consommation et du libertarisme conçu comme modalité de gestion, par l’ivresse anesthésiante qu’il génère, de ce désarroi et de cette angoisse existentielle. Véritable cheval de Troie idéologique de la sécularisation de l’islam pensée et voulue par les élites françaises (Le rapport Karoui de l’institut Montaigne en est l’une des traductions), perdu dans des contradictions inextricables, le libéral-réformisme porte en lui la marque de ce projet d’autant plus subversif que son discours est véhiculé par des musulmans ou identifiés comme tels. L’ambiguïté religieuse de leur posture et la confusion théologique entretenues par ses acteurs participent manifestement d’une stratégie de contournement de la tradition orthodoxe, une approche frontale ayant peu de chance d’aboutir. C’est à ces deux formes d’extrémismes, de nature antagoniste et non réductibles l’une à l’autre, que sont aujourd’hui confrontés les musulmans de France. Si la première forme de cet extrémisme s’est essoufflé sans toutefois disparaître, la seconde a su habilement exploiter ses dérives pour entretenir sa propre image et son ambition de porter une voie alternative à la violence extrémiste véhiculée par le wahhabisme et ses formes sectaires dérivées. Une voie néanmoins toute aussi obscure et qui semble avoir substitué à la violence que nous mentionnions, sa propre subversion, qui n’est qu’une autre violence, une violence faite au sens, à la vérité des Textes et des sources. Une violence sournoise contre la sacralité qui dérange, qui perturbe le bon déroulement du projet moderniste et de son puissant avatar, le capitalisme de marché.
L’islam contemporain est aujourd’hui confronté à deux types d’extrémismes d’origine, de nature et de forme antagonistes, qui ne cessent de se nourrir en miroir, alimentant dans leurs développements néfastes toute une myriade de nouveaux conflits et de divisions au sein des communautés musulmanes occidentales. L’extrémisme puritain de type wahhabite est le plus connu de ces deux extrémismes, celui qu’on identifie le plus aisément tant sa doctrine et ses pratiques sociales s’illustrent par leur violence, leur rupture, leur hégémonisme destructeur.
Les dégâts durables de l’extrémisme wahhabite
Cette doctrine qui a essaimé dans le monde entier grâce aux mannes financières des pays du Golfe qui en ont fait leur outil de politique étrangère a créé toute sorte de conflits et généré une vague de violence dont on commence seulement à percevoir les effets. Même si la violence de sa forme et de son hétérogénéité ne lui a pas permis de trouver un terreau fécond à même de lui permettre de se développer durablement sur toutes les terres où il s’est greffé, la dialectique naturelle de sa violence ayant fini par se retourner contre ses promoteurs (« Tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée », Évangile de Matthieu), les dégâts résultant de sa doctrine et de sa praxis demeurent considérables.
Ce type d’extrémisme, qui n’est pas nouveau dans l’histoire, s’est également illustré par son sectarisme intégral qui a excommunié ou diabolisé à peu près tous les autres courants de l’islam (soufisme, chiisme, ikhwanisme, etc) et s’est distingué formellement des autres courants de l’islam par son intensité et sa violence primaire, même s’il est important de souligner qu’il ne possède pas le monopole du sectarisme que l’on retrouve sous des formes diluées ou des degrés plus ou moins variés chez d’autres courants de l’islam contemporain. Cette forme prédominante de l’extrémisme étant clairement identifiée et déjà abondamment traitée dans de nombreux ouvrages, articles de presses, vidéos et émissions télévisuelles ou radiophoniques, il n’est donc pas utile de la développer davantage.
Convertir l’islam au dogme moderniste
C’est ce qui distingue radicalement l’entreprise libérale-réformiste de ses devancières : sa prétention à passer l’islam sous le spectre idéologique du modernisme
La curieuse synthèse entre Abduh et Arkoun
Représentants des classes moyennes ou supérieures, celles des centres urbains, diplômés, convertis au dogme de l’individualisme, au mantra de la déconstruction, adeptes des « sciences » humaines dont ils ne soulignent pas la non-neutralité ou ne semblent pas identifier l’orientation idéologique, ces partisans du libéral-réformisme se projettent dans un humanisme abstrait où l’islam, délesté de sa morale, de sa théologie, de sa Weltanschuung religieuse, ne subsisterait plus que sous la forme minimaliste d’une spiritualité ou croyance individuelle déconnectée de toute prétention universelle ou globale, voire d’un déisme interchangeable avec d’autres formes de déismes (philosophique ou post-chrétien). Prêts à tous les accommodements possibles susceptibles de leur offrir l’espoir d’une harmonisation sociale et surtout psychologique avec leurs compatriotes non-musulmans, dans un contexte de rejet et d’hostilité de la puissance publique et étatique à l’encontre de l’islam marqué par un anticléricalisme hérité de la Révolution, doublé d’un néo-colonialisme persistant et d’une paranoïa alimentée par les attentats, les tenants de ce mouvement ont procédé à la synthèse des thèses portées par l’agnosticisme séculier des nouveaux penseurs de l’islam et autres arkouniens dont ils sont les héritiers directs, avec l’ambition qui fut celle des islahistes et réformistes, notamment autour de la figure de Mohamed Abduh, mais une ambition reformulée et quasiment détournée. C’est ce qui distingue radicalement l’entreprise libérale-réformiste de ses devancières : sa prétention à passer l’islam sous le spectre idéologique de l’historicisme radical (arkounisme), de la sociologie politique (féminisme musulman) et de l’herméneutique (néo-réformisme), à le convertir au dogme moderniste, à ses piliers et à son projet d’émancipation de l’Homme de la tutelle des dogmes, des croyances, des institutions et des figures d’autorités religieuses pour lui offrir l’illusion d’un accomplissement individuel sous le sceau de la liberté et de la célébration œcuménique d’un humanisme obtenu au prix d’une révolte métaphysique contre Dieu.
Véritable cheval de Troie de la sécularisation de l’islam pensée et voulue par les élites françaises, le libéral-réformisme porte en lui la marque de ce projet d’autant plus subversif que son discours est véhiculé par des musulmans ou identifiés comme tels
Les trois illusions du libéral-réformisme
L’individu n’existe pas : tout Homme est à sa naissance l’héritier d’une histoire, le porteur d’un legs familial, l’addition de ce qui le précède et auquel lui-même apportera sa contribution positive ou négative. La mystique de la liberté est également un leurre : seul existe le libre-arbitre (jugement) et les conditions juridiques, politiques et économiques qui les déterminent, limitent autant qu’elles les garantissent, l’usage des libertés civiles. L’humanisme et l’apologie de l’Homme sont tout aussi illusoire. Vestige du christianisme paulinien, de la divinisation du Christ et de l’amour de l’Homme divin ou fils de Dieu, allégé au terme d’une sécularisation chrétienne de sa référence religieuse, l’humanisme, expression majeure de l’homme prométhéen, traduit le désarroi métaphysique et moral de l’homme moderne qui a tourné le dos à Dieu sans savoir vers qui ou quoi se tourner. L’humanisme du libéral-réformisme, qui se distingue nettement d’un humanisme religieux, traduit très bien cette rupture entre théocentrisme islamique et anthropocentrisme moderniste, et ce transfert de sacralité de l’un vers l’autre.
Privé de principe, de fondement, l’humanisme contemporain s’est pourtant rapidement dilué dans l’indifférence d’un hyper-individualisme de marché axé autour de la consommation et du libertarisme conçu comme modalité de gestion, par l’ivresse anesthésiante qu’il génère, de ce désarroi et de cette angoisse existentielle. Véritable cheval de Troie idéologique de la sécularisation de l’islam pensée et voulue par les élites françaises (Le rapport Karoui de l’institut Montaigne en est l’une des traductions), perdu dans des contradictions inextricables, le libéral-réformisme porte en lui la marque de ce projet d’autant plus subversif que son discours est véhiculé par des musulmans ou identifiés comme tels. L’ambiguïté religieuse de leur posture et la confusion théologique entretenues par ses acteurs participent manifestement d’une stratégie de contournement de la tradition orthodoxe, une approche frontale ayant peu de chance d’aboutir. C’est à ces deux formes d’extrémismes, de nature antagoniste et non réductibles l’une à l’autre, que sont aujourd’hui confrontés les musulmans de France. Si la première forme de cet extrémisme s’est essoufflé sans toutefois disparaître, la seconde a su habilement exploiter ses dérives pour entretenir sa propre image et son ambition de porter une voie alternative à la violence extrémiste véhiculée par le wahhabisme et ses formes sectaires dérivées. Une voie néanmoins toute aussi obscure et qui semble avoir substitué à la violence que nous mentionnions, sa propre subversion, qui n’est qu’une autre violence, une violence faite au sens, à la vérité des Textes et des sources. Une violence sournoise contre la sacralité qui dérange, qui perturbe le bon déroulement du projet moderniste et de son puissant avatar, le capitalisme de marché.
mercredi 30 août 2017
Nos convictions intimes finissent par nous forger
Pour changer d'horizon, de perspective, il n'est pas toujours nécessaire d'aller bien loin. Il suffit parfois, seulement, de changer de position (situation). "Et détournes-toi des insensés" (Coran 7, 199). Si ce qui me fait fasse me tracasse, ce qui me tourne le dos, me fait défaut. Et c'est bien heureux ainsi. Le changement libérateur, avant de produire un cheminement que l'on pourrait définir comme un mouvement fécond d'exploration, de découverte et d'expérimentation, nécessite un mouvement par soi et sur soi, la détermination approfondie et personnelle d'une orientation, la quête d'une direction et d'un horizon à conquérir au point de s'y fondre et de le définir en y marquant son empreinte. Nos souhaits et nos vagues désirs ne définissent pas notre être car ils ne survivent jamais à la confrontation du Réel. Nous ne sommes jamais que ce que nous devenons, c'est à dire ce que nous choisissons résolument d'être et de devenir par nos actes, nos pensées, nos convictions intimes, qui finissent par nous forger au fil du temps et sculpter notre âme.
L'obsolescence programmée de l'homme vue par Serge Carfantan
La Colline publie un texte de Serge Carfantan qui décrit de manière stupéfiante la décadence suprême de notre société contemporaine et la manière dont l'humain s'est laissé asservir. Nos remerciements à Mohamed pour le partage.
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.
Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste.
Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.
On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.
Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur (qu’il faudra entretenir) sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.
Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »
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