Vous aurez, un jour, ce après quoi vous courez. Mais sachez que ce après
quoi vous courez vous éloigne un peu plus chaque jour de ce à quoi vous aspirez
secrètement, de ce qui vous appelle depuis la Nuit des temps, bien avant que
vous fussiez ce que vous êtes, bien après que vous serez ce que vous fûtes, là
où le temps n'a plus cours, où les mots sont suspendus, où la vérité vous tombe
dessus et vous impose l'arrêt.
lundi 20 juillet 2020
lundi 13 juillet 2020
La vision
Mon cœur sent
l'orgueil monter dans la bouche de certains de mes interlocuteurs, dans leurs
mots, dans leurs aspirations doctrinaires. Ils me parlent de sagesse,
de métaphysique. Ils m'exhortent à la vertu et à la piété. Je
sens leur imposture et je vois la mienne et cette vue m'éventre le
cœur. Mon esprit sent d'une sensation intense le vide intellectuel
de mes contemporains dont l'aspect multiforme alimente sans fin la
préoccupation. Ce vide m'étouffe, m'accable et je vois
cette descente aux enfers, notre lente, très lente descente ponctuée
de pierres rouges nous écorchant la chair. Le dogmatisme des uns
nous assomment, la vacuité des autres nous ennuient. Nous rêvons de
liberté, nous rêvons de nous envoler dans les mondes de
l'esprit, ces territoires de Dieu où se préparent en ce moment même
et en grande pompe "les journées de Dieu", dans ces
contrées éloignées, au fond de tous ces lits où l'on ignore ce
qu'est la Nuit. Mais une vision m'a dit qu'entre nous et cette patrie se tenaient à perte
de vue des murs, des barrières, des abîmes au bout desquels siégeait une porte solennelle ouvrant elle-même sur une immensité glaciale, désert de
ténèbres qu'on n'aperçoit qu'en altitude et portant le nom
terrible de Solitude. La vision s'est interrompue et n'a plus rien dit. Alors une voix a poursuivi. En face, au bout de nous mêmes, nous attend
l'Hôte suprême.
dimanche 28 juin 2020
La douleur
Le
silence a valeur de culpabilité pour les Hommes quand il n'est pas
lui-même l'expression de la douleur.
Proximité lointaine
Il
est plus difficile de
se rapprocher que de s'éloigner. Se rapprocher implique des efforts,
nécessite un acte du cœur, une contorsion de l’ego, un
mouvement fraternel. En revanche, rien n'est plus facile que de
s'éloigner. Il suffit juste de tourner le dos.
Le désert croît
Souvent
quand on cherche la paix, c'est la guerre que l'on trouve, c'est la
guerre qui finit par vous trouver. C'est oublier que nous n'aurions
jamais connu les béatitudes de cette oasis de fraîcheur sans les
méchantes morsures que nous prodiguait cette étendue de désolation.
Hélas, quand le désert croît, la paix disparaît.
Au-delà
Rien n'est plus difficile pour l'Homme que d'imaginer qu'il existe un autre monde que lui-même, que des Hommes pensent différemment de lui-même. Nos évidences et nos certitudes sont autant de miroirs nous reflétant notre propre image et nous masquant celle des autres. Combien de pierres devront fêler ce miroir pour que nous finissions par comprendre et voir qu'il existe autant de mondes que d'Hommes, que l'unité de notre reflet masque leur pluralité et que cette même pluralité dissimule elle-même une unité supérieure ?
dimanche 7 juin 2020
Le conflit des universaux
L'humanisme
exclusif prétend à l'universel lors même qu'il n'en atteint pas le
principe mais en constitue l'inversion, du moins si l'on considère
que l'humain n'est pas à lui même son propre principe dès lors
qu'il est à la fois l'effet et la manifestation de Ce qui le
dépasse, de Ce qui le précède, de Ce qui lui fait face. Ce retour
à une transcendance est lui-même présent dans la démarche propre
à l'humanisme qui prétend transcender le particulier vers
l'universel, mais un universel paradoxalement indéfini, indéterminé
et sans réel contenu. L'universel humaniste souvent décrié comme
un particularisme théoriquement extrapolé (sous sa forme religieuse
– chrétienne : ethnique – européenne ; ou sociale -
bourgeoise) ne se réduit le plus souvent qu'à une pure réalité
factuelle – autrement dit le constat que les Hommes forment un
genre particulier qui les distinguent des plantes ou des animaux –
une réalité factuelle dont l'universel humaniste tire sa
substantifique moelle et qui ne fonde rien d'autre pour lui que le
droit de persévérer dans cette même réalité, de la reconduire
perpétuellement et ce droit est ce que l'humanisme nomme liberté. A
partir de ce postulat limité, l'humanisme comme variante d'une
pensée matérialiste et exclusivement immanente ne peut plus
revendiquer les moyens philosophiques de sa politique, se révélant
incapable de fonder une quelconque conception de la liberté car si
tout est in fine
déterminé par des lois sociales, matérielles, biologiques, lois
impersonnelles, impassibles et impartiales toujours déjà là, et si
l'Homme n'est lui-même qu'une espèce d'animal amélioré jeté au
monde par les caprices d'un hasard créateur, organisateur et
législateur drapé des attributs du Divin, où l'Homme puisera-t-il
cette fameuse liberté qui implique distance avec le monde, qui nous enjoints solennellement de le
transcender en conscience et dans notre pensée, et en un sens de lui
imposer notre propre discontinuité ?
Toute la question est là
et une partie de la réponse se trouve certainement à la fois dans
la conception que l'Homme peut se faire de la nature du Réel et de
la nature de la pensée ou de l'esprit. Il est certain que la pensée
est bien loin de se réduire à la seule activité logique, formelle,
calculatrice ou analytique que l'on attribue traditionnellement à la
raison. La conscience, l'intuition intellective, l'imagination et la
projection hors des limites sont autant de possibilités offertes à
l'esprit humain d'inventer, de créer, de transformer. Ces
manifestations dynamiques de l'esprit sont bien de nature à nous
libérer de la continuité circulaire et homogène d'un monde clos
sur lui-même et fermé à tout Infini, vision caractéristique de la
production de ce que nous désignons sous le vocable de
« raison mutilée », cette raison cloisonnée sur
elle-même et déconnectée des mondes. La pensée chez l'Homme
transcende la matière en lui
étant simultanément agrégée et c'est là tout le mystère de la
nature humaine, ce qui définit son scandale et lui offre, autre paradoxe, l'opportunité d'un salut.
Nous avons là le point de départ d'une
conception humaniste ancrée dans l'Origine et ouverte vers l'Infini,
le point de passage entre deux universaux terrestre et céleste,
inductif ou inférentiel et déductif, immanent et transcendant. Une
conception qui pense que l'on atteint l'universel en approfondissant
sa propre tradition, nourri de ses propres racines elles-mêmes
alimentées et abreuvées de la terre commune. De cette sève
matricielle nous puisons la force et l'énergie de notre
développement au point de voir notre tronc se raffermir, nos
branches s'élever vers les cieux, notre feuillage s'épaissir et nos
fruits s'établir. L'Homme est ce signe reliant Terre et Ciel et dans
ce signe se manifeste l'Un, Premier et Dernier, Apparent et
Invisible. C'est, à peu de chose près et en quelques mots, les
prémices de ce que nous pourrions nommer l'« humanisme
religieux ».
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