vendredi 3 janvier 2020

Une question de regard


La Vérité a été révélée pour l'Homme, et pourtant, nul autre adversaire ne fut plus acharné contre elle. C'est sans doute à la passion, ce char enflammé conduisant nos cœurs vers les cendres de nos illusions, que nous le devons. « Et n'habillez pas la vérité avec le faux, et ne dissimulez pas la vérité alors que le savoir vous a été donné » (Coran, II, 42). Pour autant, et si tant est que nous appartenions à cette catégorie de ceux à qui la connaissance a été donné, que nous sera-t-il permis de faire contre ce redoutable adversaire ? Rien. Rien, car si la vérité elle-même n'a pas creusé son sillon dans un cœur voilé par les tuniques bigarrées et séduisantes de la vraisemblance, si notre message est rejeté, menacé par les lances aiguisées, héritées des guerres du passé, si nos paroles, sans cesse déformées par les brumes de l'esprit, nous sont renvoyées au visage comme des actes d'accusation, si la main tendue devient, sous l'effet de la lumière, l'ombre menaçante d'un spectre auquel on tourne le dos, alors il n'est rien d'humain qui puisse être fait. Il est, dans ce cas, préférable de s'éloigner, de revenir à la paix primordiale et d'adopter comme demeure l'immuabilité divine de l'impassibilité. En toutes choses, le temps doit faire son oeuvre, et ce qui doit passer « sous le Ciel », le fera, quoi qu'il en soit.


Cependant, il nous est encore permis d'espérer car les portes de l'esprit, toujours, sont ouvertes pour ceux qui vivent en Dieu. Et dans la bienveillance envers nos prochains, et dans la prière pour une issue favorable, nous trouverons un appui solide, ainsi que dans la patience. « Et fais preuve de patience en restant avec ceux qui prient matin et soir ne désirant que Sa Face » (Cor, 18, 28), « ceux qui se recommandent la vérité et se recommandent la patience » (Cor, 103, 3). Revenir radicalement à Dieu et à Lui seul, en purifiant nos cœurs de tous les vestiges de l’idolâtrie, en nous délestant de toutes les médiations, en honorant fidèlement notre pacte d'allégeance, en cultivant les devoirs de l'hospitalité et en semant les racines de la confiance, nous semble être une proposition de premier ordre pour une politique de l'esprit à la fois ambitieuse, légitime, et de ce fait recevable pour l'humanité. Nous l'avons souvent répété et ne cesserons de le faire : notre immunité se trouve dans un cœur lavé des passions humaines, un cœur sain et apaisé. Cette ascèse est une condition préliminaire d'accès à la connaissance gnostique puisqu'un cœur souillé par la convoitise ou la haine ne peut entrevoir le Visage de Dieu. Porter sur le monde un regard empreint d'une vision sacrée accordée par la grâce du troisième œil (le cœur) ne pourra que nous élever très-haut au dessus des nuées de la discorde. Et en nous conduisant à la Source, nous rétablira dans nos droits.

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