dimanche 6 juillet 2014

Le séjour des bienheureux



Est-il juste de se satisfaire des compliments et de dénoncer les critiques ? A-t-on jamais réfuté le moindre compliment et béni ouvertement une seule critique ? Ou sommes-nous condamnés à baiser la main qui nous donne et mordre celle qui nous prend ? Que Dieu nous épargne d'avoir à le faire, quant une autre voie s'offre à nous. Délivrons-nous de nous-mêmes. Elevons-nous au Soi pour ne plus entendre ni compliment, ni critiques, dans la lointaine demeure où séjournent ceux qui contemplent le Beau, dans le calme et l'attitude de ceux qui ont su ce qui était et vu d'une vision véridique la vanité de ce monde.

 



samedi 5 juillet 2014

Le désaveu


Où sont passés les sages ? Les philosophes, les penseurs ? Où se cachent donc les poètes ? Je ne vois que politiques, calculateurs, polémistes et idéologues autour de moi ! Mon Dieu préserve moi de ces incendiaires qui ne rêvent que de victoires, de vengeance, de suprématie. Et par dessus-tout, épargne moi d'assister à leur triomphe car toujours la médiocrité l'a emporté sur le Vrai. Les caprices du troupeau nous ont coûté cher. Voilà que le Bien nous est interdit, que la paix est avortée. Où sont les hommes ? Je ne vois que des ombres muettes comme le soir. Je leur parle, leur tend la main. Blafardes, elles m'ignorent et semblent ne pas comprendre mes mots. Leurs corps se déforment, leurs visage grimacent. Bientôt l'obscurité fait place et dans sa faim dévorante nous avalent. A présent, nous voilà tous dans le ventre de l'anonymat. Nous aurions du fuir mais le courage nous manquait. Alors finalement, nous avons ce que nous méritons. Et quand viendra la délivrance finale, tu ne trouveras personne pour repousser son visage. 

vendredi 4 juillet 2014

L'appel du loup

 
As-tu déjà entendu les hurlements de la désespérance humaine ? Tant de ces cris sourds, de ces souffrances étouffées n'ont-il pas percé les sept cieux de la Miséricorde ? Le Trône a-t-il vacillé lorsque les pleurs intarissables de ces mères fauchées par la perte de leurs progénitures ont noyé mes semelles ? Je l'ignore. Mais si toi tu n'as pas saisi ces lointains échos qui ne cessent de hanter mon âme, ces voix déchirantes qui chaque soir réveillent nos disparus au point de leur arracher quelques larmes de compassion, alors pleure... car tu es déjà mort. Et si tu en es incapable, écoutes au moins la symphonie du loup quant il hurle dans le silence de la nuit. Écoutes le, car c'est toi qu'il appelle... 



La complainte de Rabia al Adawia



jeudi 3 juillet 2014

La fin du berger


Le mensonge est aussi intimement lié à la politique que le soufre nauséabond l'est aux volcans. Prenez l'histoire des hommes et vous en conclurez ceci : la quête du pouvoir, l'amour de la politique a dévasté tout ce qu'il y avait de plus élevé en eux. Quoi de plus étonnant que ces jeunes loups prêts à tout pour faire déferler leur meute sur la plaine et la nourrir des cadavres ruisselant, jonchant la vallée des principes. Dignité, mansuétude, pardon, justice : rien n'a échappé à leurs crocs. J'ai marché sur ces pauvres corps, j'ai senti leurs odeurs suintantes, j'ai pataugé dans le sang de ces déclarations de principes que toute une communauté jadis proclamait. Les brebis d'hier ont étudié à bonne école et se sont fait les griffes. En ces temps obscurs, plus moyen de les distinguer de la meute. Le berger, livré à lui-même, s'en est finalement allé. Je l'ai longtemps suivi du regard, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans les cimes lointaines du mont Solitude. 




Ramadan, le mois de tous les possibles...



On a beaucoup parlé du Ramadan, de ses pratiques, de son ambiance, de ses bienfaits. Mois de jeûne, d'ascèse, d'abstention, d'effort et de patience : c'est en quelques mots ce que nous pouvons en dire et ce que nous en disent volontiers les théologiens. Mais quoi ? Faut-il réduire ce mois au jeûne ?

Certes, c'est sa dimension immédiatement perceptible par le commun des fidèles. Mais le Ramadan est aussi le mois du Coran, le mois où la Révélation divine est descendu du Ciel vers la Terre. La prière du soir dite Tarawih, célèbre précisément cet évènement par la récitation mensuelle de la totalité du texte coranique.

Plus encore : il semble que l'arcane secrète de Ramadan soit là. La Nuit du Destin a scellé à tout jamais dans l'histoire humaine ce que pouvait être la rencontre entre l'au-delà et l'ici-bas. Parole de Dieu, Message lumineux projeté des profondeurs du Cosmos, le Coran, cette Parole perpétuellement Vivante à l'image d'un organisme, a été révélé en cette Nuit unique.

Dieu lui-même y descend, escorté de ses Anges jusqu'au premier Ciel pour s'enquérir de ses créatures raconte la tradition religieuse musulmane. 


 

Redevenir soi-même

Une Nuit équivalente à mille mois, un Mois sans équivalent dans le calendrier lunaire et solaire : le Ramadan semble réserver ses trésors de sens et de beauté au plus valeureux des aventurier(e)s de l'âme qui se risquera à entreprendre la plus fantastique des expéditions. Car Tout est dans Ramadan et tout Ramadan est Un.

Pardon ! Avant qu'un zélé serviteur ne nous convoque au tribunal de la pensée théologique, précisons notre propos. Il semble que le Ramadan réunisse en lui toutes les composantes essentielles de l'islam, ses multiples piliers. La globalité de l'islam, à ne pas confondre avec la totalité ni même avec le totalitarisme, trouve là sa plus belle incarnation.

Le jeûne du corps durant le jour, la nourriture céleste de l'âme durant la nuit. Mais encore : la nourriture du coeur le jour durant, ponctué des repas intérieurs que sont pour le fidèle la prière du jour, le dhikr et les invocations quotidiennes ; le banquet du corps la nuit tombant.

Dans un sens comme dans l'autre, on ne sait plus où commence le jeûne et où finit sa rupture. Mois du Bien par excellence, le Ramadan est aussi cette pause métaphysique où la racaille diablotine des Djinns s'en va flâner dans les fosses de l'Enfer, malgré eux il faut le reconnaître.

Le temps d'un souffle lunaire, les musulmans retrouvent leur plénitude ontologique, celle de la fitra (nature primordiale) sans autre intervention dans leur vie que celle de leur Créateur, Dieu le Très-Haut, l'Unique. Plus de suggestion maligne, sinon celle de leur âme.
 



Donner pour s'accomplir

Période de spiritualité, je vous le concède, bien qu'on ne saisisse plus vraiment le sens de ce terme assez galvaudé. Mais pas seulement. Le partage et le sens des valeurs est bien présent. A l'approche de l'Aïd, l'heure de la zakat al-fitr pointe déjà le bout de son nez et avec elle l'impératif du commandement salutaire, celui du don.

«Ce que tu donnes est à toi pour toujours. Ce que tu gardes est perdu à jamais.» Ce proverbe soufi exprime de belle manière la philosophie du don. Donner pour répandre sa signature spirituelle sur les choses, sur les êtres, sur le monde. Atteindre l'angélisme diront certains. Peut-être. Pourquoi pas ?

Les Anges ne mangent ni ne boivent. Ils volent et illuminent les Cieux. Mais les Anges ne choisissent rien. Dénués de libre-arbitre, leur vie est une pure détermination divine. Alors parlons plutôt d'humains angéliques ou d'anges-humains. Qu'importe.

Le royaume de Dieu est à construire sur la Terre dirait un chrétien, avant d'être offert dans les Cieux. C'est cette délicate entreprise que l'homme, à travers l'islam, est appelé à accomplir. Alors jeûnons, mangeons, buvons et festoyons. Prions, méditons et lisons. Les jours se terminent. La Nuit approche...

dimanche 29 juin 2014

La part du vrai et la part du faux



La part du faux.
Le but de tout homme sensé depuis que le savoir et la conscience de soi se sont rencontré, a été de s’assurer que sa vie, ses croyances et ses connaissances étaient vraies. Que je sache, aucun être ne s’est jamais fixé comme but de vivre dans le faux, l’erreur et l’illusion, car ces choses n’ont pas d’ipséité. Elles ne sont que pures conjectures. Un être sensé ne peut vivre durablement dans le faux, quant bien même ce dernier lui paraîtrait vrai. La découverte de la source est inévitable car l’ombre se nourrit de la lumière mais la condition humaine n’est pas et ne sera jamais purement sensée. «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée» (Descartes). J’en doute, car je suis celui qui a su un jour que le bon sens pouvait être subverti.

La part du vrai.
Nul n’a jamais eu le monopole de la vérité. Pour un ensemble de raisons propres à chaque société, nous envisageons et jugeons les choses selon une situation sociale, culturelle, psychologique, religieuse ou philosophique particulière. Nos jugements changent avec le temps, car la connaissance, l’expérience et notre transformation nous mènent à entrevoir de multiples perspectives sur le monde et les hommes. Facteur démultiplicateur, nos jugements prennent une forme quasi systématique lorsque nous nous engageons dans des voies partisanes. Les oeillères idéologiques restreignent notre champ cognitif et moral. Elles ne nous font percevoir du monde, des choses et des hommes, que leur part de vérité ou de fausseté. Les deux étant mêlées chez la plupart des fils de l’homme, nous en sommes très souvent réduits à être borgne car «il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir». La réduction du principe «vrai» ou supposé tel, au défenseur du principe vrai, et l’assimilation inductive de ses propos à la vérité, est courante comme le dénonçait en son temps Al-Ghazali. Et évidemment, le contraire aussi, pour nos adversaires ou nos ennemis, a fortiori pour nos «frères».




Dès lors, le franchissement de cette impasse intellectuelle semble évident : si le prix d’un parti pris est le sacrifice d’un œil, fermé volontairement, alors le recours à un troisième œil, comme le dénomme les traditions hindouistes, bouddhistes et taoïstes, celui du discernement (furqane) pour paraphraser le Coran, s’impose. Quand le troisième œil s’ouvre, pénétrant insensiblement les choses de son regard, tout devient plus clair. Et c’est seulement ainsi qu’il nous sera possible de nous hisser au-delà du vrai, au-delà du faux, au niveau du juste. Et c’est seulement ainsi que nous pourrons déceler la part de vrai et la part de faux que chacun porte en soi.

Article publié sur La Plume