mercredi 7 mai 2014

FN : quel est le seuil de tolérance acceptable ?

Mon dernier édito sur le Front national, l'islamophobie et la notion de «seuil de tolérance acceptable». 




















A chaque nouvelle élection, le même scénario semble se reproduire. Aux dernières échéances électorales des municipales et à l'approche des européennes, l'islam devient peu ou prou, un des thèmes de campagne du Front national. A Mantes-la-Ville, le maire FN tente de bloquer un projet de mosquée pourtant voté et validé par le précédent conseil municipal. A Hayange, en Moselle, Fabien Engelmann désormais aux manettes de la municipalité a publié un ouvrage dans lequel les qualificatifs les plus violents servent à désigner la seconde religion de France, identifiée comme une menace nationale. Plus récemment, Marine Le Pen, qui construit une alliance avec les partis d'extrême-droite du Vieux continent à l'occasion des élections européennes, a défendu le droit du Néerlandais Geert Wilders de comparer le Coran à Mein Kampf, le livre écrit par Adolphe Hitler. Les propos hostiles et islamophobes tenus par des responsables du Front national ne surprennent plus grand monde. A mi-chemin entre un positionnement idéologique partagé par l'ensemble des partis de cette mouvance politique, et une stratégie électoraliste volontairement agressive, ce phénomène produit paradoxalement des effets pervers. Le premier est aisément identifiable : il s'agit de la banalisation de ces propos et de la constitution d'un climat de violence identitaire tendant progressivement au rang de consensus national. La clé de compréhension de ce phénomène est ce que nous pouvons appeler la notion de «seuil de tolérance acceptable». Cette notion psychologique, à la fois individuelle et collective, tient lieu de marqueur moral. Elle consiste à considérer qu'une certaine dose de racisme, de rejet et d'intolérance est propre à l'être humain et qu'à ce titre, elle peut-être tolérée mais pas justifiée. Cette tolérance est variable, graduelle, mais surtout mobile. Le niveau des perceptions sociales et l'intensité de l'empathie ou de l'antipathie naturelle ou fabriquée que peuvent susciter des groupes humains, religieux, ethniques ou sexuels, est rarement durablement statique. En période de crise, on connaît désormais les phénomènes de cristallisation de ces sentiments qui mènent à la désignation de ce que René Girard définissait comme la figure du bouc émissaire, incarnation humaine du Mal que la société doit conjurer ou expier. Le seuil de tolérance acceptable contribue ainsi presque inconsciemment, par glissement répétif et naturel, à produire une violence symbolique chez les individus qui précéde toujours le passage à l'acte de violence physique. Le comble étant que certaines agressions de nature islamophobe aient pu, à titre d'exemple, être ressenties comme un acte d'auto-défense à l'égard de l'islam qui serait le vrai danger. Il n'est donc pas inutile de réfléchir dès à présent sur le chemin que prend la France, sous l'influence de ces prêcheurs politiques de haine, et de l'avenir du vivre-ensemble national. D'autant que les situations de tensions civiles et de violences identitaires, sont rarement réversibles.

article publié sur Zaman France

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