samedi 1 juin 2019

L'Homme de vertu


Il n'y a ni privilège, ni fatalité. Ceux qui ont si peu estimé la valeur du Bien se sont reniés eux-mêmes. Le mérite se convoite car il s'hérite, se plaisent-ils à croire. La perdition restera toujours un mystère, pour les voyants. Pour ceux qui n'ont pas perdu le mystère. Le mérite se gagne à la faveur de ce que nous lui offrons, car il n'est pas de don possible pour ceux qui ont tout reçu. Quand à la vertu, elle ne surgit pas du néant. Elle se cultive à la sueur de nos efforts, qui l'abreuve, et à la lumière de notre conviction qui la nourrit. Encore faut-il en avoir. Mais avoir des convictions est insuffisant. 


Il arrive fréquemment que l'émissaire du Mal vienne à notre rencontre, se risquant à violer nos frontières, dans l'espoir de franchir notre demeure. Dans sa poursuite effrénée, l'Ombre nous réclame un bien précieux, notre dépôt. Nous enveloppant de sa forme obscure, nous caressant de ses doigts troublants, la main aux douteuses extrémités cherche à pénétrer le seuil de notre sanctuaire pour y déverser discrètement une fiole opaque, un poison. Mais dans la proximité des ténèbres, l'Homme de vertu trouve son territoire, et brille, dans le sillage de leur confrontation, par sa force tranquille. 


Contre la chaleur étouffante de la corruption, on l'a vu se muer volontiers en orage. Face aux brumes épaisses du mensonge, le voilà devenu tornade. Aux coulées répugnantes de l'égarement, aux écoulements sinueux de l'avidité, aux sables mouvants de l'égoïsme, répondent en chœur les fléaux sinistres de l'Apocalypse, ses amis, que sa prière a convoqué sans tarder. Rare, intense et lourde de sens, sa parole résonne dans les cavités célestes comme l'écho d'une annonciation primitive. Son regard est foudroyant. Son silence, magistral.

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