mercredi 19 juin 2019
Deux chapitres
Quel malheur plus grand que celui d'être coupé de la vérité ? Irrémédiablement coupé, c'est à dire séparé, d'une séparation presque étanche, qui interdit toute forme d'accès à la vision, à la reconnaissance et à l'identification claire et évidente de cette vérité fondamentale à laquelle, sous quelque forme que ce soit, nous sommes tous redevables et pour laquelle nous sommes appelés à témoigner. La vérité, comme fondement, est ce sol sur lequel marche l'Homme et sans lequel il ne peut se maintenir debout. Sans ce solide appui, quelle terre portera ses pas ? Et quel autre devoir pour l'Homme spirituel, ce souffle projeté dans cette époque stérile comme une fleur dans le désert, peut être plus important que celui de rétablir l'accès aux sentiers menant vers elle, et de ré-ouvrir les Routes du Soi ? Notre manuel de survie spirituelle ne mentionne que deux chapitres : enracinement et élévation. Enracinement, loin de la surface sableuse des conventions sociales, dans la terre liquide des principes de vie, et en-deçà, au fond des océans de feu qui soutiennent le lit du monde. Élévation, contre les appels à la chute des âmes que les basses puissances répètent en boucle sur les basses fréquences de leur bassesse mortifère. Puisqu'il n'est, en définitif, qu'un seul choix : Vivre ou se laisser mourir...
samedi 15 juin 2019
L'ombre de la Nuit
Les
Hommes courent après l'argent, le pouvoir et la notoriété pour
tous les privilèges qu'ils leurs confèrent. Et au nom de quoi le
font-ils ? Au nom de leur sécurité personnelle, de l'amour et du
devoir que leur inspirent la religion, le gouvernement ou la patrie,
ou bien encore du sens des responsabilités que la société et
l'époque leur incomberaient d'assumer.
Ambassadeurs
de bonne volonté du genre humain, qu'ils servent avec la ferveur de
mercenaires animés par le gain, ces Hommes apprêtent la vérité
comme une parure destinée à couvrir la férocité d'une ambition
démesurée. Leur volonté de puissance n'est pas prête à laisser
la moindre parcelle de terre spirituelle échapper à leur appétit
de conquête. Corsaires déguisés en messagers de bonne moralité,
tu les verras toujours précédés de deux sentinelles, deux cerbères
agités par la fièvre et portant au cou un médaillon pourpre où
chacun peut lire, en lettres de braise, cette inscription : orgueil
et convoitise.
L'argent,
le pouvoir, la notoriété, et toutes les illusions qu'ils
drainent ont
toujours corrompu la nature humaine. Et
pourtant, le Fils des ténèbres ne cesse de pourchasser, avec
la frénésie désespérée d'un corps à la recherche de son âme
perdue, ces idoles tyranniques qui ne lui laisse aucun
répit. Jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il voit son cœur, léché par
les flammes cruelles de sa vanité, se consumer entièrement et se
disperser dans les cendres de l'oubli, qu'on appelle aussi l'ombre de
la nuit.
Vivre sa pensée
![]() |
| Réminiscence archéologique de l'"Angélus" de Millet, Salvador Dali. |
La
qualité des expériences de vie d'un penseur détermine aussi la
richesse de sa pensée. La pensée ne peut se concevoir hors de la
vie même. La pensée est l'émanation même de la vie. Pour penser à
la mesure de ce que la vie nous offre à penser, le penseur doit
vivre pleinement sa vie. L'artiste ne peut survivre autrement que par
la métamorphose que la Vie lui offre au gré de chaque rencontre, à
la faveur de telle épreuve, et au contact même de l'adversité.
Sans cette plénitude de vie, aucune œuvre digne de ce nom ne peut
voir le jour sans se condamner derechef à la malédiction fatale de
la répétition de soi. Les arbres ne naissent pas à la surface du
sol mais puisent leur force de leurs racines alimentées des ténèbres
de la profondeur. Et de ces ténèbres intimes, ils s'élèvent vers
la cime du monde.
jeudi 13 juin 2019
La responsabilité
La
règle doit être comprise pour ce qu'elle est et appréhendée telle
quelle. La règle a pour nous la fonction d'un apprentissage. Elle
nous enseigne ce que nous sommes et pour découvrir cet enseignement
nous devons nécessairement atteindre le seuil de nos propres
limites. La règle est là pour nous signifier cette limite.
La
saisie de la règle comme médium et véhicule nous ouvre la porte
d'un apprentissage de soi, et ce n'est pas le moindre de ses mérites.
Elle rend possible l'harmonisation de l'être et du véhicule de la
règle. C'est d'ailleurs à cette condition d'harmonisation que la
règle peut nous fait parvenir jusqu'aux arcanes secrètes du Soi.
Une règle imposée brutalement de l'extérieur est une règle
détournée.
Que sommes-nous vraiment en droit d'attendre de la règle
? Jusqu'où un tel véhicule peut nous mener ? Je crois qu'il
nous mènera vers les sentiers de l'espoir authentique auxquels la
force légitime de nos efforts nous aura hissé. Au-delà se trouve
une promesse plus ambitieuse : l'acquisition de notre
responsabilité.
Rien ne caractérise davantage la dignité du projet
humain que cette responsabilité à laquelle Dieu l'appelle depuis la
Nuit des temps et qui constitue son horizon. Rien ne désigne mieux
l'ampleur de la tragédie de l'Homme que le fait qu'il se refuse à
l'assumer.
dimanche 9 juin 2019
La racine du présent
"Ma Miséricorde a précédé Ma Colère". La rancune nous enchaîne au passé. L'attente de justice nous ligote à l'avenir. Mais le pardon, magnanime, nous arrachant des mauvaises herbes persistantes de notre orgueil, nous libère du joug du ressentiment en nous enracinant dans l'éternel présent, ouvrant, par là même, à notre coeur un passage nécessaire pour que s'élèvent et fleurissent les plus nobles tiges de notre personnalité.
jeudi 6 juin 2019
Liberté nocturne
samedi 1 juin 2019
L'Homme de vertu
Il
n'y a ni privilège, ni fatalité. Ceux qui ont si peu estimé la
valeur du Bien se sont reniés eux-mêmes. Le mérite se convoite car
il s'hérite, se plaisent-ils à croire. La perdition restera
toujours un mystère, pour les voyants. Pour ceux qui n'ont pas perdu
le mystère. Le mérite se gagne à la faveur de ce que nous lui
offrons, car il n'est pas de don possible pour ceux qui ont tout
reçu. Quand à la vertu, elle ne surgit pas du néant. Elle se
cultive à la sueur de nos efforts, qui l'abreuve, et à la lumière
de notre conviction qui la nourrit. Encore faut-il en avoir. Mais
avoir des convictions est insuffisant.
Il arrive fréquemment que
l'émissaire du Mal vienne à notre rencontre, se risquant à violer
nos frontières, dans l'espoir de franchir notre demeure. Dans sa
poursuite effrénée, l'Ombre nous réclame un bien précieux, notre
dépôt. Nous enveloppant de sa forme obscure, nous caressant de ses
doigts troublants, la main aux douteuses extrémités cherche à
pénétrer le seuil de notre sanctuaire pour y déverser discrètement
une fiole opaque, un poison. Mais dans la proximité des ténèbres,
l'Homme de vertu trouve son territoire, et brille, dans le sillage de
leur confrontation, par sa force tranquille.
Contre la chaleur
étouffante de la corruption, on l'a vu se muer volontiers en orage.
Face aux brumes épaisses du mensonge, le voilà devenu tornade. Aux
coulées répugnantes de l'égarement, aux écoulements sinueux de
l'avidité, aux sables mouvants de l'égoïsme, répondent en chœur les fléaux sinistres de l'Apocalypse, ses amis, que sa prière a
convoqué sans tarder. Rare, intense et lourde de sens, sa parole
résonne dans les cavités célestes comme l'écho d'une annonciation
primitive. Son regard est foudroyant. Son silence, magistral.
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